Luigino Bruni Vita 250Luigino Bruni

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L’aube de minuit À l’écoute de la vie - Les demandes nues - Un homme nommé Job - Les sages-femmes d’Égypte - L’arbre de la vie

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À la frontière et au-delà - Les voix des jours - Régénérations - La grande transition - Le nouveau lexique du bien vivre social


Les nécessaires gardiens du « presque »

Plus grands que nos fautes / 5 – Reconnaître les mauvaises décisions de notre vie et nous réconcilier

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 18/02/2018

Piu grandi della colpa 05 rid« Je voudrais passer comme une toile
où le regard crucifié
éteint les idoles. »

Heleno Oliveira, Se fosse vera la notte

Très souvent, la Bible recourt au langage de l’économie pour décrire le plus haut degré de corruption morale et spirituelle. Si elle le fait, c’est parce qu’il n’y a rien de plus spirituel et théologique que l’économie, la politique et le droit. La foi ne parle qu’à travers les paroles de la vie. Dès lors, il n’existe pas de mots plus vrais que salaire, profit, impôts, pots-de-vin, finance, contrat, travail ou entreprise pour exprimer la nature et la qualité de notre vie spirituelle. Il s’agit des mots les plus théologiques et spirituels dont nous disposions « sous le soleil », qui confèrent une certaine vérité y compris aux paroles ayant trait à la foi. Car, si nous ne savons pas exprimer la spiritualité avec le vocabulaire de l’économie, du droit ou de la politique, il se peut fort que ces paroles spirituelles soient, de fait, des prières à nos idoles, même lorsque nous les prononçons en toute dévotion dans nos temples, nos synagogues ou nos églises. Cela, la Bible et sa vraie laïcité l’avaient très bien compris ; or, aujourd’hui nous le comprenons beaucoup moins bien, car nous avons oublié la Bible et la laïcité.

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La civilisation du don homéopathique

Plus grands que nos fautes / 4 Dieu tout-puissant et vaincu nous enseigne la foi qui change tout

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 11/02/2018

Piu grandi della colpa 04 rid« Les plus belles poésies
s’écrivent sur les pierres,
les genoux pliés
et les esprits aiguisés par le mystère.
Les plus belles poésies s’écrivent
face à un autel vide,
tandis que des agents
de la divine folie nous encerclent.
Ainsi, fou criminel que tu es,
tu récites des vers à l’humanité,
les vers de la révolte
et les prophéties bibliques,
et tu es le frère de Jonas
. »

Alda Merini, La Terra Santa

« En ces jours-là, les Philistins se rassemblèrent pour combattre Israël. Israël partit en guerre contre les Philistins » (4,1b). Après la nuit grandiose et splendide où Samuel découvre sa vocation, le décor change : un vent de guerre souffle sur Israël. Apparaît alors un peuple qu’Israël connaît déjà, qui l’accompagnera et le combattra pendant des siècles : les Philistins, un peuple ancien de marins, qui exerça sa domination politique et culturelle sur toute la région et lui donnera même son nom (Palestine, Philistie : la terre des Philistins). Même si le décor change et peut-être aussi le narrateur, il reste quelques éléments de continuité ; parmi eux, Eli et ses fils, mais aussi et surtout l’arche.

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La vie, ce merveilleux métier

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 04/02/2018

Piu grandi della colpa 03 rid« Le maître dit :
“Qui fait de la vertu un métier est la ruine de la vertu.” »

Confucius

Il existe sur terre de nombreuses personnes qui, entendant un appel, répondent « me voici », même lorsqu’elles ne parviennent pas à reconnaître la voix de la personne qui les appelle par leur nom. Aujourd’hui comme hier, toujours. Elles entendent l’appel de voix intérieures différentes et inconnues, qui s’élèvent de l’amour et de la souffrance du monde. Dans le cas de ces vocations, suscitées chaque jour et dans tous les domaines de l’humain, ce qui compte vraiment, c’est de répondre. Pourtant, nous nous émerveillons lorsque nous avons à nos côtés un « Eli » qui nous renvoie nous coucher sereins, avant de nous révéler le nom de la personne qui continue de nous appeler.

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Chanter dès aujourd’hui le pas encore

Plus grands que nos fautes / 2 - Le don des enfants reçus en cadeau est le fondement de l’existence

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 28/01/2018

Piu grandi della colpa 02 rid« Donne-moi à manger,
Donne-moi à boire…
La faim est un mystérieux appel
qui élève, abaisse, soutient et relâche,
je te soutiens et je me relâche.
Donne-moi de l’eau,
donne-moi la main,
car nous appartenons
au même monde. »

Chandra Livia Candiani, Dammi da mangiare

Dieu entendit le cri d’Anne et « se souvint d’elle » (1 Samuel, 1,19), de la même façon qu’il s’était souvenu de son peuple tombé en esclavage en Égypte, après la première prière collective de la Bible (Exode 2, 23). Le Dieu de la Bible est un Dieu qui sait se mettre à l’écoute de tous les hommes, en particulier des victimes. Les idoles, quant à elles, sont sourdes et muettes parce qu’elles sont mortes. Le Seigneur est vivant car il a des « oreilles » pour entendre ; il peut alors se faire tirer de son sommeil, se réveiller après avoir relâché son attention alors que nous sommes sur le bateau et que la tempête fait rage.

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La grande prière des femmes

Plus grands que nos fautes / 1 - Les paroles sans voix des victimes sans souffle valent plus que toutes les autres

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 21/01/2018

Piu grandi della colpa 01 rid« La Bible connaît les lamentations. Les lamentations sont un moment extrêmement important dans la relation avec Dieu, jusqu’à ce que Dieu console l’homme et l’homme console Dieu. Prophétie et liturgie font avancer et reculer les lamentations entre le ciel et la terre. »

Paolo De Benedetti, La chiamata di Samuele e altre letture

Nous entamons à présent la lecture et le commentaire des deux livres de Samuel. Voici venu le temps d’une joie nouvelle, celle que, peut-être, seul le contact intérieur avec l’immense texte de la Bible réussit parfois à offrir. Et ce notamment au début, lors du sabbat de l’attente, au milieu de cette joie aurorale qui inonde l’âme avant même que celle-ci ne sache quelles paroles naîtront de cette nouvelle rencontre avec les paroles infinies de la Bible, et si elles viendront. Avant même que nous ne sachions si et dans quelle mesure nous serons capables de les transformer en un discours sur notre temps, sur nos royaumes, nos pleurs, nos vocations, nos trahisons et nos prières.

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L’infinie douceur qui nous sauve

Capitaux narratifs / 10 - Le défi : empêcher la transformation de l’idéal en idéologie

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 14/01/2018

180114 Capitali narrativi 10 rid« Considère maintenant ce qui leur arrivera naturellement [aux hommes attachés à l’intérieur de la caverne] si on les délivre de leurs chaînes et qu’on les guérisse de leur ignorance. Qu’on détache l’un de ces prisonniers, qu’on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière.[…] Penses-tu que notre homme portera envie à ceux qui, parmi les prisonniers, sont honorés et puissants ? Ou bien ne préfèrera-t-il pas mille fois souffrir tout au monde plutôt que de revenir à ses anciennes illusions et de vivre comme il vivait ? Ne va-t-on pas rire à ses dépens ? […] Et si quelqu’un tente de les délier et de les conduire en haut, et qu’ils puissent le tenir en leurs mains et le tuer, ne le tueront-ils pas ? »

Platone La République

Donner vie à une représentation dichotomique ou gnostique du monde est caractéristique de la pensée idéologique, de toute idéologie et surtout des idéologies de nature religieuse. Le bonheur, la beauté, la vérité et la lumière spéciale de ceux qui participent à cette expérience sont exaltés, tandis que les bonheurs et beautés ordinaires de ceux qui se trouvent en-dehors sont dépréciés. L’amitié, le travail, le jeu, l’art et la vie de tous ne suffisent plus : on éprouve le besoin de charger ces éléments de sens supplémentaires, extraordinaires et différents. Bientôt, on finit par ne plus réussir à se réjouir de revoir un « ami et rien de plus », de « travailler et rien de plus », de « prier et rien de plus » ou de « peindre et rien de plus ». On commence à croire que la vie, tout simplement, ne suffit pas pour vivre. À force de se convaincre que l’on vit davantage que les autres, on risque de cesser de vivre vraiment.

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On ne simule pas l’authenticité

Capitaux narratifs / 9 - L’enfance dans l’esprit est le sommet d’une vie adulte

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 07/01/2018

180107 Capitali narrativi 09 rid«Finalement, finalement, il nous fallut bien du talent pour être vieux sans être adultes.i»

Jacques Brel-Franco Battiato La chanson des vieux amants

Toutes les organisations et toutes les communautés voudraient des membres qui s’identifient authentiquement à leur mission institutionnelle, qui aiment sincèrement ses récits, qui croient vraiment à ce qu’elles disent et font. Là où cette difficile opération d’identification individuelle sincère avec la mission institutionnelle se réalise avec succès, c’est dans le cadre des communautés et des associations à mouvance idéale, surtout quand leurs idéaux sont si élevés qu’ils percent le ciel et nous font entrevoir le paradis. Il se crée alors une parfaite synergie entre la personne et la communauté. Chacun croit, espère, aime, désire les choses qui appartiennent à tous les autres, sans que cette « socialisation du cœur » soit vécue comme une aliénation ou une expropriation des individus.

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La fraternité a des mains et des pieds

Capitaux narratifs / 8 – Fonder et poursuivre sans se hâter, à la manière des équilibristes

de Luigino Bruni

pubblicato su Avvenire il 31/12/2017

171230 Capitali narrativi 08 rid« Chaque fois qu’un génie original se manifeste en ce monde, les gens s’efforcent aussitôt de s’en débarrasser. À cette fin, ils usent généralement de deux méthodes : la première, c’est la suppression pure et simple. […] Si ces manœuvres restent sans effet, on passe à la seconde méthode, bien plus radicale et redoutable, la glorification : on hisse la victime sur un piédestal, on l’encense, et on en fait un dieu. »

Lu Xun, Introduction à Confucius

Aux origines de beaucoup de communautés et mouvements, on retrouve l’expérience d’une proximité profonde et intense entre tous leurs membres, notamment avec les fondateurs. Une intimité élargie qui exalte et développe l’intimité de chacun. C’est ce « bien relationnel » si particulier qui attire, rassasie et fascine au moins autant que le message idéal reçu et annoncé. Le contact des cœurs et des corps, le partage d’une table commune où l’on mange des plats préparés ensemble, les vraies étreintes des « lépreux », qui se transforment aussitôt en étreintes vraies et différentes lorsque l’on rentre chez soi. Des expériences résolument anti-immunitaires, précisément parce qu’elles ne revêtent pas encore les nombreuses formes de médiation que nous avons inventées afin de ne pas toucher du doigt la « blessure de la rencontre ».

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Les grandes ailes de la vie

Capitaux narratifs / 7 - La mauvaise culture chasse la bonne existence

de Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 24/12/2017

171223 Capitali narrativi 07 rid« Mais, lorsque Céphas (Pierre) vint à Antioche, je me suis opposé à lui ouvertement, car il s’était mis dans son tort. […] Quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde : “Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des païens et non à la juive, comment peux-tu contraindre les païens à se comporter en Juifs ?” »

Saint Paul, Épître aux Galates

La vie possède sa plénitude qui, à elle seule, nous comble et nous rassasie. La lune, l’aurore, le coucher du soleil, la souffrance, l’amour, un regard, un enfant, sont des paroles incarnées plus concrètes et plus authentiques que les paroles que nous utilisons pour les décrire. Si tel n’était pas le cas, nous ne comprendrions pas pourquoi la plupart des personnes, aujourd’hui comme hier, sont incapables de composer des poésies ou des essais de théologie et parviennent pourtant à toucher du doigt la vie avec la même profondeur que le poète et le philosophe. C’est cet accès direct au mystère de l’existence qui nous rend tous vraiment égaux sous le soleil, avant les nombreuses différences et inégalités bonnes ou mauvaises. Peut-être est-ce lui encore qui nous rend parfois capables de percevoir une vraie fraternité universelle entre nous et les animaux, les plantes et la terre, que nous sentons vivants, comme nous. Hélas, même cette infinie richesse peut se transformer, dans certains cas, en une forme de pauvreté.

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L’entière liberté des yeux

Capitaux narratifs / 6 – Il importe de reconnaître les faux prophètes et faux ménestrels

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 17/12/2017

171217 Capitali narrativi 6 rid« La pauvreté est la première vertu à être découverte par tous les fondateurs et la première à être oubliée par leurs successeurs. »

Carlo Maria Martini, Per amore, per voi, per sempre

L’idéologie est une maladie grave et très fréquente au sein des organisations à mouvance idéale (OMI). Elle se développe principalement lors des crises de capital narratif, lorsque, face au manque d’histoires vraies à raconter, l’offre de nouvelles histoires artificielles qui semblent répondre à la quête de sens et d’avenir exprimée par la communauté, devient très tentante. L’idéologie est la névrose de l’idéal, de la même façon que l’idolâtrie est la névrose de la foi. Parmi les nombreuses formes que revêtent les idéologies, il en existe une, particulièrement fréquente et dangereuse, suggérée par le récit Le Comte Lucanor de l’écrivain espagnol Don Juan Manuel, œuvre du Moyen Âge qui a inspiré le conte Les Habits neufs de l’empereur. Cependant, contrairement à ses différentes réécritures modernes, nous trouvons dans le récit original des éléments précieux pour enrichir notre propos sur les mouvements et les communautés nés d’idéaux, de charismes et de motivations différentes et plus élevées que les motivations économiques.

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Que les idéologues ne reviennent jamais

État et marchés : vieux réflexes et nouveaux défis

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 12/12/2017

Democrazia economica ridSi le marché est un, les marchés sont nombreux. Lorsque l’on discute sérieusement de marché et d’État – des pôles d’un débat que l’on cherche à relancer tout en recourant aux références anciennes –, nous devons, avant toute chose, préciser de quel marché et de quel État nous parlons. En effet, seul le Marché, avec un grand M, création irréelle et abstraite des idéologies, ne fait qu’un. Or, si nous voulons comprendre les processus à l’œuvre dans l’économie mondiale et celle de notre pays, et tenter, éventuellement, de l’améliorer, il nous faut sortir du monde enchanté des marchés et des États irréels.

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La force différente des désirs

Capitaux narratifs / 5 – Il n’existe plus aucune garantie vitale de la « liberté-sans-garanties »

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 10/12/2017

171203 Capitali narrativi 5 rid« À tout jamais, le désir humain restera irréductible à aucune réduction ou adaptation. »

Jacques Lacan Séminaire 5

Il n’est pas rare que les expériences nées au nom de la gratuité finissent par entrer en conflit avec cette gratuité qui les a rendues possibles. Au sein de nombreuses entreprises, le « simple » objectif consistant à maximiser les profits produit déjà des organisations qui cherchent par tous les moyens à orienter toutes les énergies disponibles de leurs salariés vers ce but. Or, lorsque la mission d’une organisation à mouvance idéale (OMI) consiste à racheter définitivement les pauvres, voire à convertir le monde, elles demandent à leurs membres de déployer toutes leurs énergies disponibles et indisponibles au service de cette très noble cause et, si possible, d’y consacrer toute leur vie. C’est ainsi que, souvent, du fait de leurs pratiques, les OMI offrent une liberté et une gratuité moindres que les entreprises et organisations qu’elles critiquent justement à cause de leur absence de don et de liberté.

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Le chemin de Damas est somme toute normal

Capitaux narratifs / 4 – Les faits et les actes fondateurs et salvateurs ne sont pas toujours éclatants

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 03/12/2017

171203 Capitali narrativi 4 rid« Il faut un amour infini pour renoncer à soi et devenir fini, s’incarner pour aimer l’autre ainsi, et l’autre comme autre être fini. »

Jacques Derrida Donner la mort

Les capitaux narratifs sont pluriels : toutes les histoires dont ils se composent ne possèdent pas la même valeur. Seules quelques-unes peuvent supporter le poids du nouvel édifice. On trouve le « bon grain » et l’« ivraie » dans tous les champs de la terre, y compris dans les champs spéciaux où poussent nos idéaux. Dans un premier temps, il faut laisser pousser ensemble toutes les plantes du champ car, comme l’affirme la grande métaphore de l’Évangile, si les paysans intervenaient pour extirper l’ivraie, ils arracheraient aussi les épis bons et précieux.

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Sur les failles de la terre

Capitaux narratifs / 3 – Les grands idéaux collectifs germent dans les zones sismiques

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 26/11/2017

171125 Capitali narrativi 3 rid« Il y a les voix.
Elles nous accompagnent.
Elles nous mordent.
Elles nous susurrent de si brèves consolations…
Elles nous commandent,
nous réprimandent,
nous complimentent si rarement
et crient au milieu de nos nuits sans sommeil.
Les voix…
De qui sont ces voix ? »

Chandra Livia Candiani, Fatti vivo

Les manques de capital narratif sont d’autant plus sévères que nous étions attachés aux grandes narrations que nous voyons s’évanouir. Et ce lorsque nous avions mis tout notre cœur, toute notre âme et tout notre esprit dans cette bonne nouvelle, que nous y avions consumé nos désirs impossibles, qu’elle était devenue la pensée dominante qui nous empêchait de dormir la nuit parce que nous avions envie de rêver tout éveillés ce qui était notre seul vrai rêve.

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Renoncer aux fausses résurrections

Capitaux narratifs / 2 – Ressusciter, cela s’apprend et n’est possible que sans contrat

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 19/11/2017

171119 Capitali narrativi 2 rid« Les grands écrivains projettent leur ombre dans deux directions à la fois. Dans l’une, ils font de l’ombre à leurs prédécesseurs ; dans l’autre, à ceux qui les suivent. »

Wislawa Szymborska, Come vivere in modo più confortevole

La recherche la plus persévérante et constante à laquelle les hommes se livrent sur terre, c’est la recherche de consolations. Il leur est impossible d’y renoncer, en particulier dans les moments difficiles de leur existence, lorsque la souffrance du présent et l’incertitude face à l’avenir engendrent la tentation irrépressible de se construire des illusions plutôt que de mourir. Nombreuses sont les personnes qui, même à l’âge adulte, interrompent leur cheminement éthique et spirituel et se mettent à régresser, après avoir cédé à cette terrible tentation.

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Faire vivre l’arbre des idéaux

Capitaux narratifs / 1 - Le nouveau commencement d’un patrimoine spirituel reçu en héritage et celui des œuvres

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 12/11/2017

171112 Capitali narrativi 1 rid« Nous devons œuvrer dans les zones à l’intersection de nombreuses catégories de disciplines, dans ces zones où, comme à l’endroit où deux terrains différents entrent en contact, on trouve souvent une concentration importante de richesses exceptionnelles. »

Achille Loria Le basi economiche della costituzione sociale

Les communautés, les associations, les mouvements, les institutions et les entreprises vivent grâce à de nombreuses formes de capitaux. Le capital narratif en est une ; il s’agit d’une ressource précieuse, présente au sein de multiples organisations, qui devient essentielle dans les moments de crise et lors des grands changements dont dépendent la qualité du présent, les possibilités offertes par l’avenir, la bénédiction ou la malédiction du passé. Ce patrimoine – à savoir, munus / don des pères – est constitué de récits, d’histoires et d’écrits, parfois même de poésie, de chants et de mythes. Il s’agit d’un véritable capital car, comme tous les capitaux, il produit des fruits et assure l’avenir. Si les idéaux de l’organisation ou de la communauté sont élevés et ambitieux, comme c’est le cas au sein de nombreuses organisations à mouvance idéale (OMI), son capital narratif est lui aussi important. Cette ressource est précieuse face aux premières difficultés, lorsque le fait d’échanger sur les grands épisodes d’hier nous donne le courage de continuer à espérer, à croire et à aimer aujourd’hui.

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La vie, tout simplement

L’aube de minuit / 29 – Engendrés pour toujours : le monde ne sera pas abandonné

Par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 05/11/2017

171105 Geremia 29 rid« La Bible n’est pas mon texte sacré, même si j’en perçois aussi bien le caractère sacré, que je tire de sa capacité d’absorber le hurlement du monde. Le hurlement de douleur de Jérémie est presque entièrement ululé. Job ulule. Isaïe aussi. C’est donc un étrange texte sacré, fait de désespérances, d’échecs et d’une foi implacable en un Dieu qui ne répond pas. »

Guido Ceronetti, extrait d’un interview de 2013

« La parole que le prophète Jérémie adressa à Baruch, fils de Nériya, quand ce dernier écrivait ces paroles dans un livre, sous la dictée de Jérémie, en la quatrième année de Yoyaqim, fils de Josias, roi de Juda : “Ainsi parle le SEIGNEUR, le Dieu d’Israël, pour toi, Baruch : Tu dis : ‘Pauvre de moi ! Le SEIGNEUR ajoute l’affliction aux coups que je subis ; je suis épuisé à force de gémir, je ne trouve pas de repos.’ Voici ce que tu lui diras – Ainsi parle le SEIGNEUR : Ce que je bâtis, c’est moi qui le démolis ; ce que je plante, c’est moi qui le déracine, et cela par toute la terre. Et toi, tu cherches à réaliser de grands projets ! N’y songe plus ! Je fais venir le malheur sur toute chair, mais à toi j’accorde le privilège d’avoir au moins la vie sauve partout où tu iras.” » (Jérémie 45, 1-5)

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#EocwiththePope

L’aube de minuit

Logo Geremia Crop 150La série de commentaires de Luigino Bruni sur le livre de Jérémie sort chaque dimanche à Avvenire

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L’arbre de vie

Logo Albero della vita rid modLe commentaire de la Genèse, dans les éditoriaux dominicaux de Luigino Bruni dans Avvenire

La mort de Jacob- 03/08/2014
Retrouver son fils- 27/07/2014
La réconciliation- 20/07/2014
Joseph et le pardon- 13/07/2014
Vaches maigres, vaches grasses- 06/07/2014
La loyauté de Joseph- 29/06/2014
Juda et Tamar- 22/06/2014
Joseph l’homme des songes- 15/06/2014
La mort d’Isaac - 08/06/2014
Dina, la vengeance et la gratitude - 01/06/2014
Blessure et bénédiction - 25/05/2014
La carence de fondement - 18/05/2014
Le songe et la vocation - 11/05/2014
Esaü et Jacob - 04/05/2014
Le premier contrat - 27/04/2014
Isaac - 20/04/2014
Agar - 13/04/2014
Abram - 06/04/2014
Babel - 30/03/2014
Noé - 23/03/2014
Caïn et Abel - 16/03/2014
Le serpent - 09/03/2014
Parité - 02/03/2014
Adam - 23/02/2014
L’arbre de vie - 16/02/2014

Le nouveau lexique du bien vivre social

Logo nuovo lessico rid modLes "paroles" du Nouveau Lexique, dans les éditoriaux hebdomadaires de Luigino Bruni dans Avvenire

Communion - 09/02/2014
Institutions - 02/02/2014
Communauté - 26/01/2014
Temps - 19/01/2014
Douceur - 12/01/2014
Économie - 05/01/2014
Innovation - 14/12/2013
Marché - 08/12/2013
Biens communs - 01/12/2013
Coopération - 24/11/2013
Biens d’expérience - 17/11/2013
Point critique - 10/11/2013
Capitaux - 03/11/2013
Pauvreté - 27/10/2013
Biens relationnels - 20/10/2013
Biens - 13/10/2013
Richesse - 06/10/2013
Nouveau lexique - 29/09/2013

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Les témoignages des entrepreneurs

 temoignage

Des entrepreneurs engagés dans l’ÉdeC livrent leurs expériences.

Page dédiée aux expériences
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