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Le rachat de la promesse

L’aube de minuit / 20 – C’est la gratuité qui prépare l’avenir et nous sauvera tous

Par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 03/09/2017

170903 Geremia 20 rid« Si l’on m’apprenait que la fin du monde est pour demain, je planterais quand même un pommier. »

Martin Luther

Après les grands chapitres sur les consolations, les bénédictions et les promesses, après l’annonce de la nouvelle alliance, le livre de Jérémie revient à la chronique du siège de Babylone, de la conquête et de la destruction imminente de Jérusalem (en l’an -587). Des jours terribles, qui nous accompagneront jusqu’à la fin du livre, où s’accomplira la prophétie et s’achèvera la vie du prophète. C’est Baruch, compagnon fidèle et secrétaire de Jérémie, dont le nom apparaît pour la première fois dans le texte, qui nous rapporte ces faits et ces paroles. En reprenant le fil de l’histoire, nous retrouvons Jérémie prisonnier du roi Sédécias. Nous connaissons déjà le chef d’accusation, puisqu’il constitue le cœur même de sa mission de prophète : « Pourquoi profères-tu ces oracles : “Voici ce que dit le SEIGNEUR : Je vais livrer cette ville au pouvoir du roi de Babylone ; il s’en emparera” » (Jérémie 32,3). Les prophéties de Jérémie, niées par les faux prophètes, par les chefs du peuple et les prêtres du temple, sont donc en train de se réaliser.

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La plus grande réciprocité

L’aube de minuit / 19 – Ensemble à travers le pacte-communion qui change le cours de l’histoire

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 27/08/2017

170827 Geremia 19 rid« J’ai compris plus tard et je continue d’apprendre que c’est en vivant pleinement la vie terrestre que l’on apprend à croire. Quand on a renoncé complètement à devenir quelqu’un – un saint, ou un pécheur converti, ou un homme d’Église (ce qu’on appelle une figure de prêtre), un juste ou un injuste, un malade ou un bien-portant – […], et c’est cela que j’appelle vivre dans le monde. »

D. Bonhoeffer, Lettre du 21 juillet 1944

Il n’existe peut-être pas de don plus grand que le don de l’espérance. Il s’agit d’un bien primaire. En effet, nous pouvons très bien être repus de biens de consommation et de confort mais mourir désespérés. La terre promise nous semble toujours impossible à atteindre et l’exil interminable, et plus encore lorsque nous traversons les déserts. Celui qui nous donne une espérance véritable et non vaine commence par regarder notre désespoir dans les yeux, le traverse et le fait sien. Il lutte contre les faux espoirs, il subit toutes les conséquences et les blessures de cette lutte, il résiste à cette dimension de pietas humaine qui amène tant de personnes à céder à la tentation d’offrir de fausses consolations, à soi-même et aux autres. Du cœur de la nuit, les prophètes nous annoncent une aube vraie, que nous ne voyons pas encore mais que nous pouvons entrevoir avec leurs yeux. Comme lorsqu’autour de nous, depuis longtemps tout n’exprime que la mort et la vanitas et qu’un jour, un ami nous parle du paradis. Cette fois-ci, tout nous semble enfin vrai, au-delà des paradis artificiels qui nous avaient leurrés du temps de nos illusions. Enfin, tout est grâce, tout est charis, tout est gratuité : « Pour toi, je fais poindre la convalescence, je te guéris de tes blessures » (Jérémie 30,17).

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Un exil qui est une bénédiction

L’aube de minuit / 18 – L’humanité et le pouvoir des empires visibles (et invisibles)

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 20/08/2017

170820 Geremia 18 rid« Le monde entier est un exil pour ceux qui philosophent. Il est encore bien délicat celui à qui la patrie est douce ; il est déjà fort celui pour qui toute terre est une patrie ; mais il est parfait celui à qui le monde tout entier est un exil. »

Hugues de Saint-Victor, Didascalicon, XIIe siècle

« Ruiner et démolir, déraciner et renverser », entendit résonner Jérémie le jour où il comprit sa vocation de prophète. Cependant, en même temps que ces paroles il en entendit deux autres, différentes et complémentaires : « bâtir et planter » (Jérémie 1,10). En effet, il ne suffit pas de prédire de sombres scénarios pour être un prophète véritable : la terre est peuplée de personnes qui dépeignent, parfois en toute bonne foi, un présent et un futur noirs dans le simple but de recevoir l’approbation de nombreuses personnes désespérées qui alimentent leur propre désespoir. Jérémie ne berce pas son peuple d’illusions en lui promettant un bien-être et une paix imaginaires ; mais, lorsqu’il prophétise cette vérité amère qui dérange, il sait aussi prononcer des paroles vraies et sublimes d’espérance.

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Une prophétie n’est jamais faite d’incitations

L’aube de minuit / 17 – Il est primordial d’identifier ceux qui se servent du passé pour tuer l’avenir

di Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 13/08/2017

170813 Geremia 17 rid« Ne réponds pas au sot selon sa folie de peur que tu ne lui ressembles toi aussi ; réponds au sot selon sa folie de peur qu’il ne s’imagine être sage. »

Proverbes, 26

Trabalho, travail, trabajo, du latin trepalium, désignait un joug destiné aux animaux. Une barre en bois taillé, avec des cordes et des lacets, qui rappelait le bras horizontal d’une croix. Au fil du temps, ce joug est devenu le symbole de la soumission des animaux et des personnes, de l’esclavage. Les peuples ont conquis leur liberté et fait triompher la justice en brisant ces jougs qui les enchaînaient, et ils se sont libérés de ces tourments et tribulations. Personne n’aime être soumis, placé par les autres sous un joug. Seul le message subversif et très net de Jésus de Nazareth pouvait se permettre de recourir à l’image du joug pour exprimer le lien entre lui et ses disciples : léger et doux, tout en restant un joug. En utilisant cette image paradoxale, peut-être l’évangéliste pensait-il là aussi à Jérémie : « Au début du règne de Sédécias, fils de Josias, roi de Juda, la parole que voici s’adressa à Jérémie de la part du SEIGNEUR. “Ainsi parle le SEIGNEUR : Fabrique-toi des liens et des barres de joug. Tu en mettras sur ton cou” » (Jérémie 27,1-2).

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Au-delà des déserts de paroles trahies

L’aube de minuit / 16 – Reconnaître et enrichir la famille prophétique de la terre

Par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 06/08/2017

170806 Geremia 16 rid« Un jour, Rabbi Mosche de Kobryn déclara : ‘Je vois qu’aucune des paroles que j’ai prononcées n’a trouvé une seule personne pour les accueillir dans son cœur. Les paroles qui viennent du cœur vont droit au cœur ; or, si elles ne trouvent personne, alors Dieu accorde à l’homme qui les a prononcées la grâce de ne pas les laisser errer sans demeure, mais de les faire toutes retourner dans le cœur dont elles sont sorties…’ Quelque temps après sa mort, un ami confia : ‘S’il avait eu quelqu’un à qui parler, il serait encore vivant.’ »

Martin Buber, Les récits hassidiques

Bien que les prophètes possèdent chacun une personnalité unique et leur propre nom, la prophétie est une expérience collective. Elle forme une communauté, une tradition, et celui qui arrive continue la même course, livre les mêmes batailles et donne de nouvelles paroles à la même voix. Chaque vrai prophète est engendré par les prophètes qui l’ont précédé, et il nourrit les prophètes qui viendront après lui. Cette chaîne générative spirituelle constitue le fondement de la fidélité à la parole, parce que tout prophète sait qu’il écrit un chapitre d’un livre qui sera complété par d’autres. S’il manque des paroles à ce chapitre, ou bien, s’il contient des paroles partielles et modifiées, celui qui poursuivra l’écriture du livre aura entre les mains un matériel frelaté ; il n’aura pas à sa disposition les paroles nécessaires pour écrire les siennes propres, et la version finale s’en trouvera appauvrie et faussée.

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Le chant des voix différentes

L’aube de minuit / 15 – La hauteur de Dieu nous évite d’exprimer seulement nos rêves

de Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 30/07/2017

170730 Geremia 15 rid« Depuis l’image tendue / je surveille l’instant / dans l’imminence de l’attente – / et je n’attends personne ; dans l’ombre claire / je guette la cloche / qui, imperceptiblement, répand / une poussière de son – / et je n’attends personne ; entre quatre murs / écrasés d’espace / plus qu’un désert / je n’attends personne ; pourtant, il doit venir, / son chuchotement ; il viendra, si je résiste / s’épanouir en secret, / il viendra à l’improviste, / quand je l’attendrai le moins ; il viendra comme pour pardonner / ce qui fait mourir, / il viendra me donner la certitude / de son trésor et de mon trésor, il viendra réconforter / mes peines et les siennes, / il viendra, et peut-être vient-il déjà. »

Clemente Rebora, Dall’immagine tesa

La fausse prophétie pratiquée en toute bonne foi est peut-être la plus répandue sous le soleil et l’une des plus dangereuses. Il y a toujours eu et il existe encore de faux prophètes de mauvaise foi, qui ne font résonner aucune voix et le savent bien. Cependant, il existe aussi de faux prophètes qui le sont en toute bonne foi, qui ne font résonner aucune voix et ne le savent pas, qui confondent la « voix de Dieu » avec leurs propres fantaisies, émotions et pensées. Les faux prophètes ne sont pas tous des vauriens et des escrocs : parmi eux, on trouve des personnes convaincues d’être des prophètes alors qu’elles ne le sont pas.

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Le don nouveau du Dieu fidèle

L’aube de minuit / 14 – Seul un Père qui n’est jamais indifférent offre sa miséricorde

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 23/07/2017

170723 Geremia 14 rid« Frère athée, noblement pensif, à la recherche d’un Dieu que je ne peux te donner, traversons ensemble le désert. De désert en désert, allons au-delà de la forêt des religions, libres et nus vers l’Être nu, et là, où la parole meurt, que notre chemin s’arrête. »

Davide Maria Turoldo, Canti Ultimi

La vie pourrait être racontée comme l’histoire de ses crises. Bien que la Bible regorge de ces histoires, nous ne le percevons pas et nous recherchons dans les textes bibliques des vérités, des paroles religieuses, des consolations. C’est ainsi que nous passons à côté des pages les plus grandes de la Bible, qu’elles s’ouvrent seulement lorsque nous parvenons jusqu’aux hommes et femmes qui se cachent derrière les paroles du Seigneur, à ces êtres humains entiers qui les ont prononcées. La parole biblique ne nous change pas tant que nous ne nous laissons pas toucher dans notre chair par ses hommes et ses femmes, tant que nous ne leur permettons pas d’entrer dans les recoins les plus intimes de notre âme, et d’y entrer en tant que personnes concrètes possédant un nom et une histoire, avec leurs blessures, leurs doutes et leurs malédictions. Trop souvent, la Bible ne sauve rien, ou presque, parce que nous nous laissons à peine toucher par elle. Dans de rares cas, un personnage de la Bible parvient à franchir le seuil de notre âme, à s’introduire par un trou de serrure resté ouvert par erreur. Ce personnage devient alors une personne plus réelle et concrète que nos amis et nos enfants ; il bouleverse l’aménagement de nos intérieurs et de nos chambres à coucher. Si c’est Jérémie qui entre, la maison se retrouve sens dessus dessous ; alors, dans ce désordre général, peut-être pouvons-nous redevenir pauvres de choses et de Dieu, et sentir enfin planer l’esprit qui, dans les maisons aux portes fermées et dans les temples gardés et protégés, ne réussit pas à souffler. Trop de personnes restent en-dehors de l’horizon spirituel du monde car, quand il vient nous visiter, il entre dans une maison aux fenêtres fermées et trop pleine de choses bien rangées, qui ne contient pas assez d’oxygène pour nous permettre de respirer.

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La vérité jusqu’à la moelle de la vie

L’aube de minuit / 13 - Comment Dieu nourrit notre existence et la change à tout jamais

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 16/07/2017

170716 Geremia13 rid« Mon âme se réfugie constamment dans l’Ancien Testament et dans Shakespeare. Là, au moins, on sent quelque chose : là, ce sont des hommes qui parlent. Là, on aime, on déteste, on tue son ennemi, on maudit toutes les générations de ses descendants ; là, on pèche. »

Soren Kierkegaard, cité d’après Scipio Slataper, Ibsen

Le livre de Jérémie marque un nouveau stade de la conscience humaine, un bond en avant dans le processus d’humanisation, une vraie innovation anthropologique et spirituelle. Cela vaut pour son livre tout entier, notamment ses confessions. Si nous permettons à cette innovation ancienne de pénétrer dans l’intimité de notre conscience et si nous sommes prêts à en payer le prix élevé, elle peut encore s’accomplir, ici et maintenant.

Dès le premier chapitre de son livre, Jérémie a alterné le contenu de sa mission de prophète et ses confessions intimes, nous dévoilant ainsi son âme, ses espérances et ses angoisses. Or, au point culminant de son journal intérieur, nous arrivons aux chapitres 19 et 20, au moment où les faits qu’il raconte et sa poésie atteignent des sommets inégalés.

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Pourtant, Dieu nous attend près du tour

L’aube de minuit / 12 - L’insuffisance de la prudence et la théologie des mains

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 09/07/2017

Lavorazione ceramica 01 rid« Le travail physique constitue un contact spécifique avec la beauté du monde et un contact d’une plénitude telle que l’on ne peut rien trouver d’équivalent ailleurs. »

Simone Weil, Attente de Dieu

Pour comprendre la prophétie et les prophètes de la Bible, nous aurions besoin d’une laïcité que nous avons perdue. En effet, il n’y a pas plus laïc qu’un prophète, entre autres parce que, lorsqu’il parle de Dieu, il ne fait qu’exprimer encore et toujours la vie, l’histoire, les larmes, les espoirs, le quotidien et le travail. Les discours des prophètes portaient sur les hommes et sur les femmes, et tout le monde pouvait et devait les comprendre, même sans être expert en théologie. C’est cela, leur laïcité, si nous tenons vraiment à utiliser un terme qui leur aurait été totalement incompréhensible, car ce que nous percevons comme laïc n’était pour eux rien d’autre que la vie, toute la vie. La première difficulté, souvent décisive, pour comprendre la Bible et les prophètes, réside dans le mot « Dieu » même. Lorsque nous rencontrons ce mot, inévitablement nous nous trouvons face à un concept recouvert de plusieurs millénaires de culture, de christianisme, de théologie, de philosophie puis, plus tard, par la modernité, ses athéismes, la science et la psychanalyse ; c’est ainsi que nous ne comprenons plus le Dieu des prophètes et leur parole, eux qui auraient besoin de la pauvreté du Sinaï, des briques d’Égypte, de l’indispensable liberté offerte par la tente de l’Araméen errant. Voilà pourquoi, aujourd’hui comme hier, ceux qui écoutent le mieux la Bible ont toujours été les enfants : sans leur liberté et leur pauvreté, on ne peut entrer dans ce Royaume.

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Le chant de la grande bénédiction

L’aube de minuit / 11- Le paysage de la terre trouvée n’est pas celui de la terre promise

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 02/07/2017

170702 Geremia 11 rid« Quiconque lit la Bible ne peut pas ne pas éprouver l’impression qu’à l’arrivée de Jérémie, c’est comme si une digue avait cédé à un moment décisif. On ressent alors quelque chose de nouveau, la dimension d’une souffrance jusqu’alors inconnue. »

Gerhard Von Rad, Théologie de l’Ancien Testament

« La parole du SEIGNEUR s’adressa à moi : Tu ne prendras pas femme, tu n’auras ici ni fils ni fille » (Jérémie 16, 1). Voilà un autre tournant narratif et spirituel du chant et de la vie de Jérémie, un tournant à la fois magnifique et terrible. Sa vocation fera que Jérémie n’aura ni femme, ni enfants. Ce double commandement rythme et renforce les deux solitudes extrêmes de Jérémie : il devra vivre sans femme, mais aussi sans fils et sans filles (la joie, la splendeur et les souffrances que les filles nous causent ne peuvent se substituer à celles des garçons et des fils, et vice-versa). À travers ce défilé – femme, fils, filles –, nous pouvons peut-être percevoir un regard concret, non générique, sur les joies diverses et tout aussi concrètes qu’il ne connaîtra pas, en raison de sa vocation spéciale.

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La blessure vivante capable de parler

L’aube de minuit / 10– Nous reconnaissons les prophètes lorsqu’ils se révèlent être des mendiants de lumière

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 25/06/2017

170625 Geremia 10 rid« Rabbi Mendel se vanta un jour devant son maître de ce que le soir, il voyait l’ange qui enroulait la lumière quand la nuit tombait et, le matin, l’ange qui enroulait l’obscurité quand le jour se levait. “Oui, déclara Rabbi Elimelech, moi aussi, je l’ai vu quand j’étais jeune. Plus tard, on ne voit plus ces choses-là.” »

Martin BuberLes récits hassidiques

Les expériences les plus profondes et intimes sont précieuses en ce qu’elles ont été engendrées et vécues dans le secret indicible du cœur. Elles nous donnent une nouvelle profondeur, nous font entrevoir une nouvelle intériorité que nous ne pensions pas posséder au moment de commencer notre traversée du désert, avant le combat nocturne, alors que nous nous étions levés de bon matin pour nous diriger avec notre bois et notre enfant vers cette montagne effrayante. Or, nous avons traversé le désert, nous nous sommes battus avec un ange, nous avons gravi le mont Moriah et, parfois, nous nous sommes retrouvés avec un enfant donné, qui portait un nouveau nom, sur une terre promise, ou bien, nous l’avons vue de loin tandis que nos enfants y entraient. Lors de nos expériences décisives, nous entendons des sons et des voix indistincts, qui nous réchauffent et nous brûlent comme le soleil, nous désaltèrent et nous mouillent comme l’eau, qui nous touchent, nous caressent et nous blessent. Mais jamais ils ne nous parlent.

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Seule la terre blessée porte du frui

L’aube de minuit / 9 - La semence brise la croûte de terre et les pétales colorent l’ornement de fleurs

Par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 18/06/2017

170618 Geremia 9 rid« Presque toutes les idées lancées par Jérémie à cette époque se rattachent à la loi ; presque toutes les images auxquelles il recourt puisent dans le patrimoine, aujourd’hui séculaire, de la prophétie biblique. Tout cela n’est rien d’autre qu’un exercice, un apprentissage. »

André Neher, Geremia

« Voici ce que me dit le SEIGNEUR : ‟Va t’acheter une ceinture de lin et mets-la sur tes hanches, mais ne la passe pas à l’eau.” J’achetai une ceinture, selon la parole du SEIGNEUR, et je la mis sur mes hanches. De nouveau, la parole du SEIGNEUR s’adressa à moi : ‟Avec la ceinture que tu as achetée […], mets-toi en marche vers le Perath, et là, cache cette ceinture dans la fente d’un rocher” » (Jérémie 13, 1-4).

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C’est la douceur différente qui sauve

L’aube de minuit / 8 – Les communautés qui tuent leurs prophètes encore naïfs meurent

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 11/06/2017

170611 Geremia 8 rid« Au prophète, Dieu ne se révèle pas sous forme d’un abstrait absolu, mais d’une relation intime et personnelle. »

Abraham Heschel, Les Prophètes

Les seules bonnes nostalgies, capables de nous parler aujourd’hui, ce sont les nostalgies d’avenir, celles qui savent tendre leur regard vers le présent et le futur. On ne régénère pas une relation d’amour en revenant aux paroles qu’elle nous adressait en des temps heureux, mais en rêvant et en prononçant des paroles d’amour que nous n’avions encore jamais dites. Il existe une réciprocité vitale et essentielle entre le passé et le présent. La promesse originelle donne tout son sens aux espérances et les confirme quand viennent les moments d’exil et de désert, et l’accomplissement des promesses d’hier nous prouve que nous n’avons pas poursuivi une illusion.

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Non à la banalité du néant

L’aube de minuit / 7 - Les idoles ne doivent ni nous faire peur, ni nous fournir des alibis de présomption

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 04/06/2017

170604 Geremia 7« Comment, dès lors, pouvais-je partager les dévotions que ce sauvage idolâtre rendait à son morceau de bois ? Mais qu’est-ce que rendre un culte ? me demandai-je. Vas-tu te figurer, Ismaël, que le Dieu magnanime du ciel et de la terre – et de tous les hommes, païens y compris – puisse éprouver l’ombre d’une jalousie envers un insignifiant morceau de bois noir ? Impensable. Mais qu’est-ce qu’adorer Dieu sinon faire sa volonté ? »

Herman Melville, Moby Dick

La prophétie est une critique sévère des religions et des cultes ; une critique de toute religion et de tout culte qui ont une tendance intrinsèque à se transformer en pratiques idolâtres. Elle est aussi et surtout une critique systématique et terrible de la révélation biblique, qui cherche à éviter à la parole biblique de devenir une simple religion, car une foi qui se transforme en simple religion est déjà un culte idolâtrique. La Bible est bien plus que le livre sacré d’une religion, entre autres parce qu’elle a accueilli et gardé en son sein les livres des prophètes qui, avec Job et Qohélet, l’ont empêchée de devenir un objet d’idolâtrie. Ainsi, en vidant le monde religieux de nos idoles, les prophètes essaient de débarrasser notre environnement de nos artefacts religieux afin d’en créer un nouveau, où nous pourrons peut-être n’écouter qu’une voix nue. Ils sont les grands libérateurs chassant les dieux qui remplissent la terre et nos âmes.

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La tentation d’habiller Dieu

L’aube de minuit / 6 - Les mensonges des scribes mettent même la bonne foi en cage

Par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 28/05/2017

170528 geremia 6 rid« Jérémie perçoit que le précieux pouvoir de dialogue qui lui a été donné, c’est en réalité la puissance de la prière. »

André Neher, Jérémie

Toute histoire d’amour commence par une merveilleuse rencontre entre l’« intérieur » et l’« extérieur », et ceci vaut aussi bien pour les histoires personnelles que pour les histoires collectives. Un jour, nous rencontrons une personne et nous sentons qu’elle était déjà présente dans notre âme sans même que nous le sachions. Au moment de faire sa connaissance, nous la reconnaissons. S’il n’en était pas ainsi, nous ne conclurions avec personne un pacte où est inscrit le « pour toujours ». Il se produit un phénomène semblable dans les histoires d’amour, quand cet autre que nous rencontrons n’est ni un homme ni une femme, mais une réalité spirituelle ou idéale. La voix qui nous appelle est à la fois très intime et extérieure à nous ; nous la reconnaissons parce qu’elle était déjà au-dedans de nous.

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Travail et pauvreté : la vraie leçon des franciscains

Opinions - L’économie qui met au centre la dignité de la personne : remplacer les rentes et l’assistanat par la réciprocité et la responsabilité

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 24/05/2017

Sul confine e oltre 07 ridSortir du piège de la pauvreté a toujours été une tâche extrêmement ardue. Et ce parce la pauvreté économique se manifeste sous forme d’absence de revenus ; or, ce manque est imputable à une carence de capitaux : capital social, relationnel, familial, éducatif etc. Donc, si je n’agis pas sur les capitaux, les flux de revenus n’arrivent pas ; lorsqu’ils arrivent, ils sont éparpillés et ne sortent pas les personnes de leur condition miséreuse qu’ils ne font qu’aggraver, quand cet argent se retrouve là où il ne devrait pas, par exemple, dans les machines à sous et les jeux de grattage.

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L’honnête ténacité du soufflet

L’aube de minuit / 5 - Rester forts pour ne pas travestir la réalité ni instrumentaliser Dieu

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 21/05/2017

170521 Geremia 05 rid« Et tout le peuple exultait et faisait entendre des claquements de langue. Mais Zarathoustra en fut affligé et se dit en son cœur : ‘Ils ne me comprennent point, je ne suis pas la bouche qui convient à ces oreilles. […] Et maintenant ils me regardent en ricanant ; non contents de ricaner, ils me haïssent par surcroît. Il y a de la glace dans ces rires.’ »

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra

Sur terre, le Dieu de la Bible ne s’exprime pas à la première personne : ses paroles nous parviennent seulement à travers des hommes et des femmes. Celui qui descend du Sinaï en portant les Tables de la loi est Moïse, un homme. À lui, le Seigneur parle sous la tente de la rencontre ; en tête à tête avec lui, il dialogue de « bouche à oreille », et il lui adresse des paroles qui peuvent être ensuite portées à la connaissance du peuple. Si nous voulons écouter la parole de Dieu dans le monde, nous devons tout simplement nous contenter d’apprendre à écouter des hommes et des femmes comme nous. Ces paroles se transmettent si nous savons placer nos yeux à la même hauteur que ceux de l’autre. Nous les trouvons ni plus haut ni plus bas, mais tout simplement en face de nous. C’est à travers l’homme que Dieu sait parler aux hommes. Seuls les hommes et les femmes peuvent faire ressusciter chaque jour la Bible et les évangiles, en commandant à ces paroles de sortir. Sans des personnes qui les appellent par leur nom, ici et maintenant, même les paroles de la Bible restent enterrées dans leurs sépulcres.

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L’arbre de vie

Logo Albero della vita rid modLe commentaire de la Genèse, dans les éditoriaux dominicaux de Luigino Bruni dans Avvenire

La mort de Jacob- 03/08/2014
Retrouver son fils- 27/07/2014
La réconciliation- 20/07/2014
Joseph et le pardon- 13/07/2014
Vaches maigres, vaches grasses- 06/07/2014
La loyauté de Joseph- 29/06/2014
Juda et Tamar- 22/06/2014
Joseph l’homme des songes- 15/06/2014
La mort d’Isaac - 08/06/2014
Dina, la vengeance et la gratitude - 01/06/2014
Blessure et bénédiction - 25/05/2014
La carence de fondement - 18/05/2014
Le songe et la vocation - 11/05/2014
Esaü et Jacob - 04/05/2014
Le premier contrat - 27/04/2014
Isaac - 20/04/2014
Agar - 13/04/2014
Abram - 06/04/2014
Babel - 30/03/2014
Noé - 23/03/2014
Caïn et Abel - 16/03/2014
Le serpent - 09/03/2014
Parité - 02/03/2014
Adam - 23/02/2014
L’arbre de vie - 16/02/2014

Le nouveau lexique du bien vivre social

Logo nuovo lessico rid modLes "paroles" du Nouveau Lexique, dans les éditoriaux hebdomadaires de Luigino Bruni dans Avvenire

Communion - 09/02/2014
Institutions - 02/02/2014
Communauté - 26/01/2014
Temps - 19/01/2014
Douceur - 12/01/2014
Économie - 05/01/2014
Innovation - 14/12/2013
Marché - 08/12/2013
Biens communs - 01/12/2013
Coopération - 24/11/2013
Biens d’expérience - 17/11/2013
Point critique - 10/11/2013
Capitaux - 03/11/2013
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Biens - 13/10/2013
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