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Ce que les crises dévoilent

Les grandes crises, tout en nous apportant leur lot de désorientation et de souffrance, nous offrent également un regard différent et plus perspicace qui nous permet de mieux voir la réalité.

par Luigino Bruni

publié dans Messaggero di Sant'Antonio le 03/04/2026

Les grandes crises, tout en nous apportant désorientation et douleur, nous offrent également un regard différent et meilleur qui nous permet de mieux voir la réalité. Nous le constatons chaque jour à un niveau personnel, lorsqu’une séparation ou un deuil nous révèlent qui était vraiment l’autre, celle ou celui qui n’est plus là, lorsqu’une maladie grave nous fait découvrir ce qu’était la santé qui nous a quittés, ou qu’une guerre nous fait voir ce qu’était la paix. Et, même au niveau collectif et social, un choc qui survient soudainement devient un test de résistance pour mieux voir et comprendre le monde et nous-mêmes. Car les crises sont aussi révélatrices: un voile tombe, et enfin on y voit plus clair.

La crise environnementale nous a fait voir l’immense valeur de la planète, de l’eau, du climat, de la neige, des glaces, de l’air, et cette révélation nous a montré que, très probablement, cette compréhension et cette prise de conscience sont arrivées trop tard pour pouvoir espérer inverser ou arrêter le processus de dégradation.

La crise sanitaire de la pandémie des années 2020-2021, dans un espace devenu très restreint et au sein de relations sociales soudainement médiatisées par l’écran, a ensuite montré et révélé ce qu’étaient vraiment les étreintes, les baisers, les caresses, ce qu’étaient la présence et le parfum des amis et des proches éloignés. Et, en même temps, cela nous a fait découvrir une autre dimension du marché : nous avons pris conscience de ce qu’étaient la logistique, les marchandises, les travailleurs, l’école, et nous avons commencé à remercier davantage les personnes qui travaillaient autour de nous, dans les rues et dans les magasins ; comme lorsque, en avril 2020, j’ai reçu par coursier des olives d’Ascoli et des douceurs de Pâques de la part de mes parents, et que dans les mains du chauffeur routier qui me livrait à domicile cette présence quasi sacramentelle de mes affections premières, j’ai perçu une sacralité qui n’était pas très différente de celle présente dans les mains du prêtre pendant la messe. Des liturgies différentes, mais toujours une célébration de la valeur du lien social qui nous permet de vivre chaque jour grâce à l’action réciproque de millions d’êtres humains qui travaillent avec et pour nous.

La crise géopolitique et militaire actuelle, née de l’agression contre l’Iran, motivée par la volonté d’empêcher la construction d’une bombe atomique détenue (utilisée et récemment brandie comme menace) par les pays agresseurs, nous révèle d’autres réalités qui étaient peu visibles en temps normal.

Dans une rhétorique économique qui nous répète depuis des années que l’économie réelle compte de moins en moins, que toute la finance qui compte circule sur le web, que la mondialisation et l’IA sont en train d’éliminer les anciennes infrastructures matérielles, il a suffi de fermer un port, d’abaisser la barrière dans la plus ancienne et la plus simple des superstructures – « Qui êtes-vous ? Où allez-vous ? Un florin ! » – pour nous réveiller soudainement de notre torpeur idéologique et comprendre que notre économie mondiale ressemble beaucoup à celle du XXe siècle ; que notre mondialisation reste, pour l’essentiel, très concrète, qu’elle passe par le transport maritime et les containers, et que ce port fermé est en train de plonger l’économie mondiale dans la crise.

Enfin, un autre voile est tombé : celui de l’illusion selon laquelle nous avions réellement progressé dans la soi-disant « transition » écologique, que les énergies alternatives remplaceraient bientôt la majorité des sources fossiles, que le pétrole était l’énergie du XXe siècle et que le soleil et le vent étaient les nouvelles. Mais le rêve est terminé, et nous nous sommes retrouvés entièrement dépendants de ce pétrole et de ce gaz transportés par ces navires par voie maritime. Ports, navires, pétrole : exactement comme il y a cinquante ans, exactement comme il y a cent ans. Et pourtant, le vent souffle toujours.

Credit Foto: © Fabiano Fiorin / Archivio MSA

Tags: Le virtù del mercato, MSA