Pauvreté et développement

Logo_Brasile_2011_rid2EdeC, pauvreté et développement par Francisco Tortorella

 

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Durant ces quatre dernières années, j’ai eu la possibilité de suivre de près les activités et les projets réalisés avec les profits mis en commun par les entreprises EdeC en faveur de personnes nécessiteuses. Dans ce cadre de « pauvreté et développement » j’aimerais vous donner une vision « de l’intérieur » de ce qu’a été dernièrement l’expérience de l’EdeC à ce sujet, et quels seront les défis, à mon avis, que nous avons devant nous pour les prochaines années.

En introduisant l’idée d’‘Economie de Communion’, Chiara Lubich avait dit que son but serait de montrer au monde une communauté où il n’y aurait aucune personne dans le besoin, comme étaient les premières communautés chrétiennes. Donc, il y a un double objectif pour l’EdC :

- celui de résoudre un problème concret des besoins
- et celui de réaliser un certain modèle pour le monde.

Dans ce double objectif il y a une vision prophétique d’une grande ampleur et une possibilité de répondre aux situations que l’histoire nous présente aujourd’hui. Ce qui se passe actuellement dans le monde nous interpelle; la défaite du modèle de développement qui domine la planète nous présente un défi:

Sommes nous capables de proposer un modèle alternatif?

Actuellement le problème n’est plus simplement de « pourvoir » aux besoins, il n’est plus seulement question de « rassasier » ou de soigner, l’histoire aujourd’hui nous demande plus: réaliser et montrer un nouveau modèle de développement.

Et quel est le modèle de développement que nous pouvons réaliser et montrer ?

L’Église nous le suggère et nous nous pouvons potentiellement le réaliser.
Déjà Saint Paul nous enseignait que la personne a trois dimensions dans sa vie : le corps, l’âme et l’esprit, et donc, qu’elle ne peut être complètement heureuse que quand elle se sent satisfaite dans ses différentes necessités: corporelles (les soi-disant « basic needs »), relationnelles et spirituelles. Dans ce sens, l’Église appelle « développement intégral » un processus à trois dimensions, qui implique le rapport avec soi-même, avec son propre corps, le rapport avec les autres personnes, et le rapport avec Dieu. Ces trois dimensions doivent être cultivées et développées en même temps pour qu’une vie soit pleine et heureuse.

Dans l’encyclique Caritas in Veritate (54), Benoit XVI affirme : « Le thème du développement coïncide avec celui de l’inclusion relationnelle de toutes les personnes et de tous les peuples dans l’unique communauté de la famille humaine (...). Cette perspective est éclairée de manière décisive par la relation entre les trois Personnes de la Trinité d’une unique Substance divine »¹. L’Église propose alors, comme modèle de développement intégral, la concrétisation de rapports trinitaires entre les personnes, et ensuite elle propose le rapport d’amour entre les époux comme réalisation concrète de ce modèle, qui peut être imité plus largement.

Donc, imaginez quel immense objectif auront nos activités de développement: vivre et montrer des rapports trinitaires entre ceux qui administrent les projets et les personnes dans le besoin, entre celui qui produit de la richesse supplémentaire et celui qui n’arrive pas à satisfaire ses propres nécessités, etc...
Nous pourrions parler d’un « développement de communion » comme modèle à réaliser et à montrer.

Ainsi, pour réaliser ce modèle de développement, qui soit réellement alternatif, nous avons devant nous des défis. À mon avis, les principaux sont au nombre de trois:

1. réussir à qu’il n’y ait plus personne dans le besoin, c’est-à-dire: résoudre les problèmes efficacement;
2. agir en communion, c’est-à-dire: « travailler avec » et non « travailler pour »;
3. s’ouvrir à l’humanité, c’est-à-dire : réaliser un modèle inclusif.

1.  Le premier défi : répondre efficacement aux besoins

Pour pouvoir réaliser un modèle de développement crédible, nous devrions pouvoir démontrer que ce modèle résout les problèmes que nous nous proposons de résoudre. Alors, est-ce-que nous avons réussi, jusqu’à présent, à réaliser une communauté dans laquelle il n’y a plus personne dans le besoin?
La vérité c’est que nous ne le savons pas, l’impression c’est que nous n’avons pas encore réussi.
Nous ne le savons pas, parce que pendant toutes ces années nous n’avons pas relevé les données sur les résultats des activités « d’aide ». Nous sommes au courant du nombre des personnes dans le besoin impliquées chaque année: au début 5.000, puis 12.000, maintenant 3.500... mais ces chiffres ne nous disent rien sur les résultats obtenus. Nous ne savons pas si les 3.500 personnes impliquées l’année dernière sont comprises dans les 12.000 impliquées quelques années auparavant ou dans les 5.000 impliquées dès le début. Nous savons seulement qu’environ 20% d’entre eux a besoin d’assistance permanente. Pour les autres 80%, qui ont besoin d’assistance temporaire, il est possible que se soient des personnes totalement nouvelles et donc que les nécessités des personnes impliquées dans le passé aient été résolues. Il se peut aussi que se soient les mêmes personnes assistées dès 1991, et que rien n’ait été résolu.
D’autre part nous savons que le nombre des personnes dans le besoin impliquées a diminué dans les dernières années pour une raison bien précise: la communion des biens locale a augmenté, donc, pour beaucoup de personnes on ne demande plus « d’aide » au Centre, parce qu’on pourvoit avec des ressources locales. Mais cela ne nous dit rien non plus sur le fait que les problèmes aient été résolus ou non.

Le défi est grand, dans ce domaine. Parvenir à affronter et résoudre les problèmes de « pauvreté » ou de « misère » est très difficile, ce n’est pas par hasard s’il y a encore tant d’inégalités dans le monde. Pour pouvoir obtenir des résultats, même petits, il faut être préparé et avoir de l’expérience, il faut de la professionnalité, un minimum au moins, comme pour n’importe quel travail.
Or, au delà des données sur les gens « aidées », la façon dont nous avons administré les « profits » dans les années passées, a été surtout tournée vers le partage, la mise en commun de ce que l’on a, comme des frères, et pas tellement vers la résolution des problèmes des personnes impliquées. Nous avons préféré protéger l’esprit de la famille, sans trop s’occuper, parfois, de ce que les actions réalisées soit efficaces pour solutionner des problèmes. Nous avons peut-être souvent eu peur d’administrer les activités ou les projets avec professionnalité, en craignant que cela puisse mettre en danger la sincérité du partage, de l’esprit de famille.

Le défi aujourd’hui est: comment pouvons-nous résoudre les situations de pauvreté de manière efficace, tout en protégeant l’esprit de famille? 

2.  Le deuxième défi : Travailler « avec » et non « pour ».

Le modèle de développement dans lequel nous nous sommes plongés, focalisé sur la richesse et la consommation, nous a habitué à penser qu’il y a des gens qui ont plus et des gens qui ont moins et – dans le meilleur des cas – que ceux qui ont plus doivent aider ceux qui ont moins, en faisant quelque chose pour eux. Voyez, c’est un risque trompeur que nous courons tous inconsciemment: l’entrepreneur peut croire avoir plus parce qu’il produit de la richesse et sentir le devoir de la donner « à » celui qui a moins; les personnes qui administrent l’activité d’assistance et les projets peuvent croire avoir plus, car ils ont plus d’instruction ou un rôle social plus important, et donc se sentir obligés de penser et de réaliser des projets « pour » ceux qui ont moins.

Cette générosité est très précieuse et doit être soigneusement maintenue. Mais dans une relation de communion il n’y a pas celui qui a plus et celui qui a moins, il existe la diversité : chacun est, et a sa spécificité, ses capacités, sa richesse.
Alors, notre défi est de travailler « avec » celui qui est en état de nécessité, de travailler ensemble, d’analyser avec lui les besoins, de penser ensemble aux moyens de les affronter et de les résoudre, de réaliser ensemble les projets de développement. Non plus travailler « pour » les autres, mais travailler « avec » les autres, pour un objectif commun; ne plus « aider » mais « coopérer ».
De cette façon nous pouvons tous être réalisateurs et bénéficiaires des projets, parce que chacun avec sa compétence peut contribuer à la réalisation des projets et chacun peut en avoir un bénéfice: pas seulement un bénéfice pour satisfaire des besoins primaires « corporels », mais aussi un bénéfice de développement de la dimension relationnelle – en construisant des relations de communion avec les autres – et spirituelle, en cultivant le rapport avec Dieu, présent entre nous dans ce que nous faisons ensemble.

Alors, le défi aujourd’hui est: comment pouvons-nous réaliser concrètement ce changement de perspective?

3.  Le troisième défi. : un modèle reproductible

Nous avons dit que nous voulons proposer un nouveau modèle.
Qu’est ce que c’est un modèle? C’est un prototype, une réalisation qui marche et est achevée, qui peut être imitée, dans des contextes différents, par des personnes diverses. C’est un exemple dont n’importe qui peut s’inspirer pour réaliser une oeuvre. Si cet exemple ne peut pas être répliqué par n’importe qui, s’il peut être imité seulement par celui qui l’a réalisé, alors il sera un exemple, mais il ne peut pas être considéré un modèle.
Notre façon d’affronter la pauvreté et le développement peut-elle être considérée comme un modèle? Peut-elle être imitée par d’autres?

Durant toutes ces années le partage des profits avec les personnes dans le besoin s’est réalisé presque seulement dans le Mouvement des Focolari, sauf quelques petites exceptions. Les personnes nécessiteuses qui ont participées au projet, ou les personnes qui ont administré les activités, ont été choisies parmi les membres internes du Mouvement. C’est ce qui a fait que l’assistance ou le projet arrive sur la base de relations déjà construites: une expérience vécue tant de fois et dans tant de parties du monde, qui nous a enseigné qu’il y a du sens à partager les biens ou de l’argent seulement si on partage avant tout la vie; parce que la première nécessité de l’homme c’est de se sentir et d’être aimé, accueilli, écouté, compris.
Cette leçon est un trésor à protéger avec beaucoup d’attention. Pourtant notre exemple est difficile à imiter par d’autres et à proposer à l’extérieur.
On ne peut pas penser que celui qui voudrait imiter ce modèle de développement doit devenir membre du Mouvement des Focolari. Ce n’est pas pensable, et cela ne serait pas sain: la beauté de l’humanité est justement la diversité des charismes, des cultures, des capacités.
Et il n’est pas pensable non plus que celui qui veut imiter ce modèle doit nécessairement avoir son mouvement spirituel dans lequel il l’appliquerait.

Le défi donc aujourd’hui, c’est d’arriver á établir la différence entre la vie de communion parmi les personnes liées par des projets EdeC et leur participation au Mouvement des Focolari. Peut-on vivre un modèle de développement de communion sans nécessairement appartenir au Mouvement des Focolari?

Évidemment, c’est l’Église même qui le suggère: c’est à nous de démontrer concrètement comment c’est possible de le faire. Rappelez-vous les paroles de Benoit XVI citées avant: « Le thème du développement coïncide avec celui de l’inclusion des relations entre toutes les personnes et tous les peuples dans l’unique communauté de la famille humaine ». Voyez, les expressions clés sont: « inclusion » et « unique communauté de la famille humaine ».

Donc, le modèle sera un modèle s’il est fondé sur l’inclusion et pas sur l’exclusion: si l’on n’emploie pas le critère « exclusif » (qui appartient au Mouvement oui, qui n’appartient pas, non), mais un critère inclusif (au delà d’appartenir plus ou moins, quiconque désire travailler en communion avec l’objectif commun de résoudre des problèmes concrets); ce sera un modèle si nous savons réaliser nos projets avec celui qui est exclu de la société et avec celui qui ne fait pas part du Mouvement des Focolari, en l’incluant, car étant homme, il est capable d’aimer et de vivre la communion.
Le modèle sera un modèle si la communauté à laquelle nous nous référons pour réaliser nos projets, est « l’unique communauté de la famille humaine », non pas seulement la communauté du Mouvement.
Nous avons quelques petites expériences dans ce sens, aussi ici au Brésil, qui démontrent une énorme potentialité. Cela veut dire que pour impliquer les autres devrons-nous discriminer ceux qui appartiennent au Mouvement, en les excluant? Ça serait absurde, naturellement.
Mais nous devrons savoir distinguer ce qui est communion des biens interne de ce qui est un modèle à proposer au monde. Pour les besoins internes nous avons des nombreux moyens dans le Mouvement qui pourvoient des biens (branches, groupes, communautés locales, etc...); pour proposer un modèle au monde, nous avons les entreprises EdeC et les projets de développement réalisés en collaboration avec l’AMU, ouvertes sur l’humanité.

Aujourd’hui alors le défi est: comment pouvons-nous réaliser un modèle attractif, à proposer à l’humanité?

Ce sont des questions auxquelles il faut répondre ensemble pour pouvoir imaginer un avenir pour l’Économie de Communion. Ce sont des défis difficiles et fascinants, qui nous font entrevoir de larges horizons. Nous devons avoir du courage, courir le risque de commettre des erreurs, mais sachant pouvoir compter sur Dieu qui n’a pas peur d’oser avec nous.

Icislides

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