Témoignage de Jean Guy THOMAS pour les 20 ans de l’EdC , au Brésil

Témoignage de Jean Guy THOMAS pour les 20 ans de l’EdC , au Brésil

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Nous dirigeons à 2 associés, une petite entreprise d'une vingtaine de personnes, un Cabinet d'assurances situé dans l'Ouest de la France, en Bretagne, à Guingamp, une petite ville dont les habitants ont les yeux fixés sur leur équipe de Foot, comme au Brésil.

Mes relations journalières sont établies avec des assureurs et des chefs d'entreprises, et bien sûr avec les salariés du cabinet et mon associé, et ce depuis bientôt 30 ans.

A cette époque j'étais loin, très loin, de la Foi et du Seigneur. Converti en 1998, j'essaye de concrétiser ma Foi dans ma vie de tous les jours et tout naturellement, en 2003, avec mon associé qui est chrétien, nous confions l’entreprise au Seigneur et confirmons notre engagement par écrit sous forme d’une chartre que nous signons. A ce moment je ne connaissais pas l’EdC. Ce n’est que quelques mois plus tard que je découvre l’EdC par la lecture d’un livre. A la lecture des témoignages je découvre des hommes et des femmes dont je me sens proche par le sens qu’ils donnent à leur vie professionnelle. Je vivais l’EdC sans le savoir.

Aussitôt : je contacte le mouvement par internet puis par téléphone. Sans connaitre le mouvement des Focolari, je me retrouve invité à participer, à Castelgandolfo, au rassemblement international en septembre 2004, colloque ouvert par Chiara.

Si Rémy, mon nouvel associé depuis 2003, est lui aussi croyant, chrétien pratiquant, homme de foi et de prière, je suis néanmoins seul porteur de l’engagement au sein de l’EdC. Notre sensibilité spirituelle est différente. Mon désir serait que nous le vivions tous les deux explicitement. Dans un respect mutuel nous acceptons nos différences. Nos différences, je dois l’avouer, sont source quelquefois de souffrance, d’écartèlement, mais offertes au Seigneur.

Comment témoigner de ma Foi, au travail ?
Comment vivre l’Evangile ?

Une icone est accrochée au mur de mon bureau. Une statue de St Joseph veille. Un poisson figure sur le logo de l’entreprise. Mais c’est surtout par mon comportement que je cherche à être disciple de Jésus.
Démarche exigeante et difficile à appliquer quotidiennement, dans le flux et le tourbillon des affaires, des dossiers, des mails et coups de téléphone ... etc, car le quotidien du monde de l’entreprise peut devenir un enfer pour moi, l’entourage, l’équipe, les différents partenaires, clients, concurrents.

Un exemple :
Nous étions concurrents avec un autre Cabinet d’Assurances sur une très grosse affaire. Notre client potentiel, nous suggère de travailler non plus en concurrents mais ensemble. Je l’accepte après de longues hésitations. Tout nous oppose. Il faut déjà accepter de partager les commissions en deux. Il faut prendre le temps de se connaitre pour travailler ensemble. Il faut accepter nos différences qui apparaissent rapidement tant dans l’approche technique que sur le plan culturel. L’aventure est laborieuse, les compagnies d’Assurances avec lesquelles nous travaillons sont sceptiques. La confrontation entre les 2 équipes de travail est âpre et vigoureuse : les rivalités apparaissent après une année de fonctionnement, l’ambiance se gâte entre nos cabinets et avec le client : comment vivre le charisme de l’Unité entre nous ? je veille à rester positif, à assouplir les positions des uns et des autres, à montrer par mon attitude une autre façon de réagir et surtout je cherche à préserver mes collaborateurs des foudres adverses. Puis, lassé de travailler ainsi dans un tel climat de tension continuelle, de suspicion, de rivalités, d’agressivité, j’annonce à mon client puis à l’autre cabinet d’assurances, que je préfère perdre le contrat et cesser tout partenariat. Je m’exprime fermement mais avec calme.
Je m’attendais donc à une rupture et à la perte de ce gros contrat. Or, contre toute attente, le client s’excuse immédiatement en approuvant mon analyse. Son comportement change tout de suite. L’autre cabinet d’assurance, après quelques mises au point, s’engage à travailler dans un climat positif.

Des ajustements permanents entre nous sont encore nécessaires bien sûr. Mais des liens se tissent désormais entre nous, riches de nos différences. Nous entretenons aujourd’hui des liens cordiaux. J’ai pu leur faire part de mes engagements à l’EdC en les invitant à un Colloque sur Paris : ils n’y sont pas venus mais le ton est donné, nos relations sont autres aujourd’hui.

J’aurai comme vous d’autres exemples, mais une expérience particulière nous a été offerte par le Seigneur : je vous la partage :

Ma vie et celle de ma femme Régine, et forcément ma vie au sein de l’entreprise, a été transformée en profondeur par un appel du Seigneur à nous engager dans la création d’une association que nous avons appelée « le Village Saint Joseph », avec les fondateurs Nathanaël et Katia. J’en suis le président. 
Le Village Saint Joseph accueille, au sein d’une vie familiale, des pauvres, des blessés de la vie. Il ouvre ses portes à ceux qui ont besoin de se poser, de se reposer, à des personnes sorties de l’emprise de l’alcool, de la drogue, sorties de prisons ou d’hôpitaux psychiatriques, des personnes en rupture avec leur famille, leur milieu professionnel … Les pauvres, les exclus, les oubliés, les blessés de la vie. 
La pauvreté n’existe pas seulement dans les favelas brésiliennes : elle s’incruste en Europe, sur les trottoirs, dans des zones cachées. Les jeunes sont de plus en plus touchés par l’exclusion, la marginalisation …….

Cette association est un lieu de prière et d’accueil où nous cherchons à y vivre l’amour fraternel, la Parole de Vie, abandonnés totalement à la Providence car nous ne vivons que de dons, sans subventions de l’état.

Depuis 12 ans le VILLAGE SAINT JOSEPH est devenu notre seconde famille, nous y avons un logement, un pied à terre. Régine y travaille. Moi j’y suis très souvent : au moins tous les lundis, quelques soirs dans la semaine et de nombreux week-end.

L’encadrement a reposé, au départ sur un couple, Katia et Nathanaël, aidés par quelques bénévoles. Aujourd’hui l’encadrement s’est étoffé avec 4 salariés Et surtout les accueillis prennent des responsabilités ; un résident occupe même aujourd’hui un poste de responsable d’atelier, avec un statut de salarié.

Ma femme et moi partageons, régulièrement, la vie du Village Saint Joseph. 
Quand, par exemple, je rentre le soir au VILLAGE SAINT JOSEPH , après une journée de travail : j’ y dépose mes soucis, je m’y décharge. Je m’y sens accueilli et écouté pour ce que je suis, avec mes fatigues, mes découragements, et mes blessures aussi. 
Les personnes dites accueillies, ce sont elles qui m’accueillent. J’écoute l’autre, mon frère, mon ami. Il m’écoute lui aussi. Nous partageons, dans le vrai de nos vies, tout simplement. Lui me raconte sa journée : le jardin qu’il a bêché, le mur qu’il a construit ; la lettre de son fils qu’il a reçue, sa dose de médicament qui change, sa déprime qui s’estompe, ses combats pour ne pas rechuter dans l’alcool …

Moi je lui raconte aussi ma journée : les soucis face à la concurrence, l’informatique en panne, un client odieux, le stress de certains rendez-vous, les enjeux économiques. Nos vies respectives se métissent, en silence, au fil de nos partages, de nos échanges, en toute simplicité.

Nos aspects extérieurs, nos physiques, nos vêtements, nos conditions sociales, ne sont plus des obstacles, car ils sont habités de l’intérieur. Ils ne font plus écran. Le costume –cravate ne gêne plus, pas plus que le « bleu de travail ». 
Un tel échange entre un « actif », chef d’entreprise, socialement reconnu, et un habitant du VILLAGE SAINT JOSEPH , catalogué de marginal ,vivant souvent l’exclusion, crée une alchimie entre nous .

Ainsi la vie au Village s’inscrit d’une certaine façon dans le monde « normalisé », et parallèlement ma vie professionnelle, le lendemain, au bureau, prend un sens. Je reçois tellement que j’en suis imprégné. Je ne puis être comme si je n’avais pas eu cette rencontre, cette expérience quotidienne qui façonne ma vie. 
Des liens se tissent ainsi entre le Cabinet d’assurance et le Village St Joseph. Régulièrement désormais, les salariés m’interrogent sur le Village St Joseph, y font allusion… Ils savent quand je quitte le bureau pour rejoindre le VILLAGE SAINT JOSEPH chaque lundi, ils savent que j’y consacre du temps.

Nous donnons de notre temps, de nos compétences, de notre argent au Village Saint Joseph. Mais nous donnons surtout notre présence. Ainsi cette irrigation de l’amour profite à notre entourage professionnel, à nos concurrents, à nos salariés, et donne aux salariés euxmêmes le goût à l’amour.

Un exemple : une collaboratrice en difficulté professionnelle, de par son âge, ses soucis personnels et ses difficultés à accepter les restructurations nécessaires dans l’organisation du cabinet, a été prise en charge par ses collègues de travail. L’équipe trouve des solutions pour accompagner leur collègue en difficulté et vient me proposer des adaptations de son poste de travail. L’initiative est venue d’eux, l’accompagnement quotidien aussi.

L’amour est contagieux : mon mode de management irrigué par ma vie au VILLAGE SAINT JOSEPH, le témoignage de mon engagement auprès des pauvres inspire mes collaborateurs.
Cette circulation de l’amour s’inscrit dans une réciprocité continuelle, c’est une respiration dans ma vie, dans nos vies, un aller retour incessant entre mon entreprise et le VILLAGE SAINT JOSEPH. Ainsi ma présence au sein du Village, en tant que travailleur inséré dans le monde, qui plus est, en tant que dirigeant, irrigue aussi les résidents du Village St Joseph.

Nicolas était marié, père de famille, chef de chantier dans une grande entreprise de travaux publics. Puis la dégringolade : alcool, divorce, suspension de permis de conduire, licenciement, dépression, chute et rechute pendant de longues années. Nicolas arrive au VILLAGE SAINT JOSEPH, en situation d’échecs répétés, dans un état désespéré : la veille il avait bu une bouteille de whisky….
L’amour fraternel, l’accompagnement, l’abstinence exigée, le travail, des règles de vie rythmées, et la découverte de Jésus dans la prière et la vie fraternelle, relèvent Nicolas. Un an après, Nicolas quitte le VILLAGE SAINT JOSEPH : il repasse son permis de conduire, retrouve un travail et un poste de chef de chantier, il retrouve des liens avec ses enfants, et se remarie.

Aujourd’hui, Nicolas et sa femme accueillent pendant les week-ends des résidents du VILLAGE SAINT JOSEPH. Il m’a confié que ma présence quotidienne, à l’époque, au VILLAGE SAINT JOSEPH, le fait de me voir me lever de bonne heure pour partir au travail, mon rythme professionnel, le partage lors des repas de mon vécu dans le monde des affaires, ma vie à ses côtés ; tout cela l’a aidé à choisir, à se relever, lui a redonné le goût au travail et à la vie professionnelle.

Le VILLAGE SAINT JOSEPH est aujourd’hui une entreprise à part entière, inscrite à l’EdC et fière de l’être. Nous vivons de dons, de la Providence, mais aussi de la participation financière des résidents, du fruit de leur travail (nous produisons légumes, fruits, volailles, oeufs…), et des recettes provenant de la vente de nos produits (nous fabriquons des mosaïques, des poteries, des cartes postales que nous vendons). L’activité artisanale se développe de plus en plus. Le VILLAGE SAINT JOSEPH devient lui-même source de richesses.

Le VILLAGE SAINT JOSEPH est un des modèles possibles, fruits de l’EdC. Je n’en suis que le représentant, porté jusqu’à vous, ici au Brésil, par mes frères et soeurs du Village, porté par leur prière, leur travail, leur vie fraternelle et l'Esperance. 
D’ailleurs nous avons décidé, Régine et moi, que sans attendre l’âge de la retraite, je quitte mon cabinet d’assurances qui peut désormais se développer sans moi. Nous allons ainsi pouvoir nous consacrer entièrement au Village Saint Joseph et continuer l’aventure de L’EdC.

Une espérance pour combler le fossé entre le monde économique et le monde des exclus.



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