Plus grands que nos fautes

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Dans cette rubrique sont disponibles tous les éditoriaux de Luigino Bruni de la série "Plus grands que nos fautes ", en commentaire des livres de Samuel, publiés dans Avvenire à partir du 21 Janvier 2018.
 

 

Comme les stèles érigées en mémoire des innocents

Plus grands que nos fautes / 18 – Les bourreaux humilient, niant la dignité de l’homme

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 20/05/2018

Piu grandi della colpa 18 rid«« La relation je-tu consiste à se placer face à un être extérieur, c’est-à-dire radicalement autre, et à le reconnaître comme tel. Cette reconnaissance de l’altérité ne consiste pas à se faire une idée de l’altérité. Il ne s’agit pas de penser l’autre, ni de l’envisager comme différent, mais de s’adresser à lui, de lui dire tu. »

Emanuel Lévinas Martin Buber

Le dialogue est le fil qui tisse nos relations sociales bonnes et fécondes. Écouter et dire, le silence et la parole, les phrases et les gestes constituent l’essence de la traversée (dia) réciproque de la parole (logos). Dialoguer, c’est se laisser traverser par l’autre tout en lui demandant la permission de se faire traverser par notre parole. Traverser est un verbe de déplacement, qui évoque le temps et l’espace, des lieux, des noms, la chair, et il est toujours créateur de nouveauté.

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L’honneur de l’exclu

Plus grands que nos fautes / 17 – Les voies de Saül sont après tout couvertes de poussière, comme les nôtres

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 13/05/2018

samuele 17 210x300« Saül : Oh, mes enfants !... — Je fus père. —
Te voilà seul, ô roi ; il ne te reste plus un seul
de tes nombreux amis ou serviteurs.
— Aurais-tu payé pour la terrible et inexorable colère de Dieu ? »

Vittorio Alfieri, Saul

Chaque fois qu’il fait une lecture authentique, le lecteur y prend une part active et créative. Loin d’être le simple spectateur des histoires qu’il lit, il en est le coauteur et acteur. Dans cette forme spéciale de lecture qu’est la lecture de la Bible, le lecteur reçoit la faculté, mystérieuse mais réelle, de transformer les personnages en personnes qui, comme toutes les personnes vivantes, grandissent, changent, se déplacent et font des rencontres inattendues. Arrive alors le moment où les personnes bibliques commencent à interagir entre elles, à tisser des trames relationnelles différentes de celles que leur premier auteur avait imaginées et voulues. C’est ainsi que la sorcière d’Endor se fait l’amie du père du fils prodigue, que Jérémie se découvre frère de David et que Saül devient le compagnon de route et d’infortune de Job, jeté comme lui sur un tas de fumier par un Dieu qui souhaite (Saül) ou permet (Job) leur malheur. L’un comme l’autre, Saül et Job, sont frappés par des châtiments divins plus grands que leur (possible) faute ; tous deux sont plongés dans le silence d’un Dieu muet, qui ne leur délivre pas de paroles de vie, peut-être parce que, tout simplement, il attend les nôtres.

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Les saintes paroles des exclus

Plus grands que nos fautes / 16 – Toute vie peut faire éclater la compassion et le bien

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 06/05/2018

Piu grandi della colpa 16 rid« Le Baal-Shem dit à l’un de ses disciples : “La plus infime part qui puisse te venir à l’esprit, moi, je l’aime plus que tu n’aimes ton unique fils.” »

Martin Buber, Les récits hassidiques

Les aruspices, les mages et les devins reviennent souvent dans la Bible. Il s’agit d’une forme de fausse prophétie très répandue dans l’Antiquité et énergiquement combattue par les prophètes ; elle a représenté une tentation constante et très séduisante pour Israël, qui y a d’ailleurs cédé plus d’une fois. Cette fausse prophétie incarne une religiosité populaire archaïque qui n’a jamais disparu et, de nos jours, son commerce est florissant. La foi biblique se trouve menacée non pas par l’athéisme, mais par des dieux naturels et plus simples que le Seigneur, qui viennent se substituer à lui. Aujourd’hui comme hier, dans la religion et dans la vie, nous sommes constamment tentés de nous persuader que nous représentons quelque chose de plus petit et de plus banal que notre réalité complexe et magnifique.

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L’art de l’étreinte est infini

Plus grands que nos fautes / 15 – Nous apprenons le métier de la vie en savourant les brefs moments de paix

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 29/04/2018

Piu grandi della colpa 15 rid« Dieu est l’Autre par excellence, l’Autre en tant qu’autre, le tout autre, et pourtant, l’accord avec ce Dieu ne dépend que de moi. L’instrument du pardon est entre mes mains. Or, mon prochain, mon frère, est dans un certain sens plus autre que Dieu : pour obtenir son pardon, je dois parvenir à faire en sorte qu’il s’apaise. Et s’il refuse ? Comme nous sommes deux, tout se trouve mis en péril. L’autre peut me refuser son pardon et m’en priver à tout jamais. »

Emanuel Levinas, Quatre lectures talmudiques

Chaque jour, des millions de personnes font et disent de mauvaises choses, ce qui ne les empêche pas de dire ou de faire de bonnes choses en toute sincérité, juste avant ou après. La bonté et la méchanceté s’entremêlent, car c’est tout simplement le propre de la condition humaine. La Bible connaît très bien ce mystère ambivalent de toute personne, peut-être le plus grand de tous les mystères. Nous pouvons devenir méchants et nous égarer jusqu’à perdre le fil d’or de notre vie, et pourtant, jusqu’à notre dernier souffle nous sommes encore capables de bonté, car nous avons été créés à l’image et à la ressemblance d’une danse infinie d’amour réciproque à laquelle aucun péché ne saura mettre fin. Caïn a tué son frère Abel, mais il n’a pas tué l’Adam, le premier (et dernier) homme. Et, tandis que Caïn continue de tuer Abel, l’Adam persiste inlassablement à le ressusciter, chaque jour. Aucune méchanceté fratricide présente en nous n’est capable de détruire cette empreinte originelle de bien gravée au plus profond de notre être. Ainsi, si le mal peut être banal, le bien, lui, ne l’est jamais. Le mal possède certes une résilience qui peut être très grande, pourtant elle sera toujours inférieure à la résilience du bien. C’est ce bien qui résiste obstinément et qui nous rend plus beaux que nos nombreuses fautes. C’est là que réside l’immense optimisme anthropologique de la Bible, qui a sauvé l’Occident après et pendant ses péchés les plus atroces, et qui continue de nous sauver.

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La hâte pleine de sagesse des femmes

Plus grands que nos fautes / 14 – C’est en pansant les blessures et en agissant à temps que l’on construit la paix

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 22/04/2018

Piu grandi della colpa 14 rid« Nous voyons les biens comme un moyen, comme les fils d’un voile qui masque les relations sous-jacentes. Notre attention se porte sur les flux d’échanges, dont les biens ne représentent pourtant que la trame»

Mary Douglas, The World of Goods

Le don est un mot grand et, par conséquent, ambivalent. Car, s’il n’était pas ambivalent, il ne serait pas grand, de même que l’amour, la religion, la communauté, la vie et la mort sont grands et ambivalents. La « capacité à donner et à accueillir les dons » est une possible définition de la nature humaine, car qui dit don dit liberté, autonomie, dignité, beauté. Les dons que nous recevons ou faisons représentent des étapes décisives dans notre vie et dans celle de ceux que nous aimons, du premier au dernier, lorsque nous rendrons au centuple ce premier don reçu ; alors, seulement, nous en saisirons toute la valeur, mais aussi la valeur et le sens de ce dernier don que nous ferons.

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La force faible qui nous sauve

Plus grands que nos fautes / 13 – Renoncer à tuer pour sauver son nom et couper un pan du manteau

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 15/04/2018

Piu grandi della colpa 13 rid« Cher mal,
je ne te demande pas de te justifier ;
c’est cela, la loi de l’hospitalité…
Je t’offre un abri
à toi qui me prives de toit.
Je ne t’aime pas, mal,
je te sais adroit, je te surveille,
je te sers de nid,
à toi qui me dégustes
avant de recracher le noyau. »

Chandra Livia Candiani, Fatti vivo

Les conflits peuvent revêtir de multiples formes. Chaque époque vient en ajouter de nouvelles à celles reçues en héritage. La Bible en connaît elle aussi plusieurs. Citons le conflit entre Caïn et Abel, où une frustration verticale (entre Caïn et Dieu qui rejetait ses propositions) se transforme en violence horizontale (envers Abel) ; le conflit entre Joseph et ses frères aînés, où l’envie aboutit à l’élimination de celui qui en est l’objet, vendu aux chameliers en route vers l’Égypte ; ou encore, le conflit entre Abraham et son neveu Loth, déclenché par l’abondance de ressources dans un espace commun réduit et qui se règle par une séparation : Abraham, généreux, laisse Loth choisir où il s’établira (« Sépare-toi donc de moi. Si tu prends le nord, j’irai au sud ; si c’est le sud, j’irai au nord » : Genèse 13,9).

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La communauté métissée capable d’engendrer

Plus grands que nos fautes / 12 – On apprend le métier de la vie en se mettant en chemin

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 08/04/2018

Piu grandi della colpa 12 rid« Enfant, il m’est arrivé de regarder avec sympathie et un infini respect le visage à moitié flétri d’une femme, sur lequel on eût dit qu’il était écrit : “La vie et la réalité sont passées par là.” Pourtant, nous sommes vivants, et cela renferme quelque chose de merveilleux. Appelle-le Dieu, nature humaine ou comme tu voudras ; il y a là cependant quelque chose que je ne saurais définir au sein d’un système, même si ce quelque chose est très vivant et vrai et, pour moi, c’est cela, Dieu. »

Vincent Van Gogh, Lettres, 179, 193

Lorsqu’une vocation est authentique et qu’elle se développe bien, après les « hosanna » de la foule arrive la passion en son temps. Il s’agit toujours d’une période cruciale, où le dessein et la mission de cette personne commencent à se révéler de façon plus nette, car les événements qui constituent sa toile de fond obscure en font ressortir les contours lumineux. Il en va ainsi de David qui, après ses premiers succès à la cour et dans le cœur de Saül, sa victoire contre Goliath et le chant des femmes à sa gloire (« Saül en a battu des mille, et David, des myriades »), se retrouve à présent obligé de fuir et de se cacher parce que Saül veut le tuer. Le texte nous le présente désormais comme un fugitif nomade errant de ville en ville, en constant danger de mort, sans demeure fixe, vulnérable et pauvre. Tout comme Abraham, Moïse, Marie et Joseph. Lui aussi est un Araméen errant ; lui aussi est en quête de bienveillance et d’hospitalité ; comme nous tous qui, dès notre venue au monde, devenons des mendiants en quête d’une bonne âme qui nous accepte et nous accueille chez elle, et nous ne cessons alors plus de la chercher, jusqu’à la fin.

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La promesse d’un ami est vraie

Plus grands que nos fautes / 11 – Si l’amour est unique, les amours sont multiples : éros, philia, agapè…

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 01/04/2018

Piu grandi della colpa 11 B rid« Pierre, m’aimes-tu ? [agapè] – Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime [philia]. 
Pierre, m’aimes-tu ? [agapè] – Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime [philia].
Pierre, m’aimes-tu ? [philia] »

Évangile de Jean 21,15-17

Si l’amour est unique, les amours sont nombreux. Nous aimons beaucoup de personnes et beaucoup de choses, et nous sommes aimés de nombreuses personnes, de différentes façons. Nous aimons nos parents, nos enfants, nos fiancé(e)s, nos maris ou femmes, nos frères et nos sœurs, nos instituteurs et institutrices, nos grands-parents et cousins, les poètes et les artistes. Et nous aimons nos amis et amies, beaucoup. L’amour humain ne se limite pas aux êtres humains : il englobe les animaux et la nature tout entière pour aller jusqu’à Dieu. Les Grecs disposaient de deux mots principaux pour dire amour : éros et philia, qui n’épuisaient certes pas ses nombreuses formes, mais qui offraient un registre sémantique plus riche que le nôtre pour décliner ce mot fondamental de la vie. Un lexique capable à la fois de faire la distinction entre le « je t’aime » adressé à la femme que l’on aime et le « je t’aime bien » adressé à un ami, et de reconnaître que le second n’était ni inférieur au premier, ni moins authentique.

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Le travail parvient à triompher de la guerre

Plus grands que nos fautes / 10 – Les modestes instruments qui complètent le livre de l’histoire des hommes

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 25/03/2018

Piu grandi della colpa 10 rid« Martelant leurs épées, ils en feront des socs, de leurs lances ils feront des serpes. On ne brandira plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à se battre. »

Isaia 2,4

Dans le livre de l’histoire des hommes, qui nous parle de vainqueurs puissants et despotiques, de personnes faibles et de pauvres qui succombent, on trouve aussi certaines pages différentes : celles où l’ordre naturel se trouve renversé, où les humbles sont élevés et les orgueilleux vaincus. Si ces pages sont peu nombreuses, leur lumière fulgurante éclaire tout le livre et le transforme ; elles changent son sens et font toute la différence. Des récits différents, qui nous révèlent une seconde loi de la marche de l’humanité : la loi du Magnificat d’Anne et de Marie, de la prophétie de l’Emmanuel, de la pierre rejetée par les bâtisseurs, du serviteur souffrant et glorifié, du crucifié ressuscité, de Rosa Park, de ces coopératives, organisations et syndicats qui ont libéré et libèrent encore les victimes des empires et des pharaons. Ces pages nous enseignent que l’ordre hiérarchique naturel n’est qu’une possibilité parmi d’autres, que tout peut arriver, que nous avons une dernière chance lorsque tout et tout le monde laisse croire que c’est impossible. C’est cette loi à la fois fragile et tenace qui explique pourquoi, au milieu du vacarme des voix fortes et puissantes, nous réussissons parfois à écouter une petite voix différente et que nous la suivons ; pourquoi, cette fois-là, nous avons su croire à une seule petite raison de continuer à avancer plutôt qu’aux cent meilleures raisons d’abandonner ; ou encore, pourquoi, face à un choix crucial, nous n’avons pas emprunté le chemin de la réussite et du pouvoir, mais celui dont nous savions bien qu’il nous rendrait plus petits et vulnérables. D’autres pages, donc, une autre histoire et une loi différente. Une autre route, que nous prenons peut-être parce que nous y voyons la seule possibilité d’un salut plus authentique car plus modeste, ou bien parce que, n’écoutant que notre cœur, nous la suivons docilement.

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L’économie du petit

Plus grands que nos fautes / 9 – Le travail n’est jamais un obstacle à nos vocations

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 18/03/2018

Piu grandi della colpa 09 rid« Un jour, Rabbi Bounam pria dans une auberge. Plus tard, il dit à ses disciples : “Parfois, on croit ne pas pouvoir prier dans un lieu et l’on en cherche alors un autre. Or, ce n’est pas cela, la voie juste, car le lieu que l’on a quitté se plaint : “Pourquoi as-tu refusé de réciter tes prières entre mes murs ? Si quelque chose te gênait, c’était justement le signe que tu avais l’obligation de me racheter.” »

Martin Buber, Les récits hassidiques

Le déclin de Saül se produit au même moment que l’ascension de David, étoile si lumineuse de la Bible, peut-être même la plus brillante de l’Ancien Testament. C’est le personnage biblique dont nous connaissons le mieux le cœur ; ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ce mot apparaît dès le premier récit de sa vocation (« Les hommes voient ce qui leur saute aux yeux, mais le SEIGNEUR voit le cœur » : 1 Samuel 16,7).

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Héritiers des pans du manteau

Plus grands que nos fautes / 8 – Nous sommes les citoyens d’un monde partiel et inachevé

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 11/03/2018

Piu grandi della colpa 08 rid« En parcourant la Bible, il est bien difficile de trouver un seul personnage, juste ou injuste, qui n’ait pas été renié par Dieu, à part peut-être Abraham et Jésus. Or, c’est justement grâce à ces reniements que l’homme de foi apprend à douter de toute institution qui n’accepte pas d’être contredite. »

Paolo De Benedetti I profeti del re

Après sa consécration par Samuel, Saül commence à accomplir sa mission de roi guerrier ; des débuts qui scellent son sort tragique, raconté dans les pages figurant parmi les plus captivantes et splendides de toute la Bible : « Les Philistins s’étaient mobilisés contre Israël. Ils avaient trente mille chars, six mille cavaliers […]. Saül était encore à Guilgal et, derrière lui, tout le peuple tremblait. Saül attendit sept jours le rendez-vous de Samuel, mais Samuel ne vint pas à Guilgal, et le peuple abandonna Saül et se dispersa. Saül dit : “Amenez-moi l’holocauste et les sacrifices de paix.” Et il offrit l’holocauste » (1 Samuel 13, 5-9).

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Les pactes sont faits de chair et de sang

Plus grands que nos fautes / 7 - L’Alliance biblique instaure engagement et pardon réciproques

Par Luigino Bruni

Publié dans Avvenire le 04/03/2018

Piu grandi della colpa 07 rid«Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi. […] Une chose, cependant, m’apparaît de plus en plus clairement : ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui devons t’aider. […] Je peux même désormais pardonner à Dieu le fait que la situation soit ce qu’elle doit être. Que l’on puisse avoir assez d’amour pour pardonner à Dieu !»

Etty Hillesum Journal, 1942

Il y a bien des épisodes-clé d’une vie pour lesquels un unique récit ne suffit pas. Pour dire ce qui s’est passé le jour où nous nous sommes connus, ou le jour où nous nous sommes entendu appeler par notre nom, une seule voix ne suffit pas. Ces moments décisifs, nous devons les raconter mille fois, des personnes différentes doivent les raconter, chacune à sa manière. Les répétitions ont du bon, que ce soit pour celui qui raconte ou pour celui qui fait l’objet du récit. Quand cette biodiversité manque, lorsqu’elle est niée ou combattue, nos récits s’appauvrissent, le mystère de la vie nous échappe. La multiplicité des histoires protège de l’idéologie, qui se développe lorsque le caractère de la vérité est attribué à un unique récit, et celui d’hérésie à tous les autres. Cette multiplicité et cette variété des récits en général dérangent l’homme moderne, en quête d’une concordance des données historiques ; en revanche, pour l’auteur biblique, un tel langage exprime la grandeur et l’importance des épisodes qu’il rapporte. La prodigalité et la générosité de la Bible se révèlent aussi dans l’abondance dont elle accompagne les plus beaux récits, à l’instar des lettres d’amour où les adjectifs s’accumulent pour dire un peu tout ce que nous n’arrivons pas à exprimer. La Bible est une longue et unique lettre d’amour qui nous est adressée et qui reste souvent enfermée dans son enveloppe. La vérité est symphonique, toujours.

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L’onction des périphéries

Plus grands que nos fautes / 6 – L’enthousiasme prophétique s’allume dans la vie ordinaire

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 25/02/2018

Piu grandi della colpa 06 c rid« Vos fils et vos filles prophétiseront,
vos vieillards auront des songes,
vos jeunes gens auront des visions. »

Livre du prophète Joël

Le couronnement de Saül, premier roi d’Israël, a lieu, encore une fois, au milieu d’événements ordinaires de la vie. Saül s’est éloigné de chez lui pour chercher des ânesses égarées, des animaux très précieux pour l’économie de l’époque. C’est lors de cette mission ordinaire que l’extraordinaire fait irruption dans sa vie. Alors que Saül était sorti de chez lui pour aller travailler, il revient en « oint du Seigneur ». Il était parti à la recherche d’ânesses qu’il n’a pas trouvées ; il a trouvé à la place une vocation, une mission, un destin qu’il ne cherchait pas. Il s’agit là d’un des plus magnifiques épisodes de sérendipité, qui ne se contente pas d’expliquer pourquoi. Si nous n’allons pas en chair et en os dans les librairies, nous ne découvrirons jamais les livres les plus importants que nous ne cherchions pas, qui nous attendaient à côté des livres moins importants que nous cherchions : il nous fait également percevoir une part de la logique profonde de la vie spirituelle. Les plus grands biens de la vie sont ceux que nous n’achetons pas parce qu’ils ne sont pas en vente, ceux que nous ne cherchons même pas car nous ignorons encore leur existence, ceux que nous recevons parce que nous sommes tout simplement aimés.

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Les nécessaires gardiens du « presque »

Plus grands que nos fautes / 5 – Reconnaître les mauvaises décisions de notre vie et nous réconcilier

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 18/02/2018

Piu grandi della colpa 05 rid« Je voudrais passer comme une toile
où le regard crucifié
éteint les idoles. »

Heleno Oliveira, Se fosse vera la notte

Très souvent, la Bible recourt au langage de l’économie pour décrire le plus haut degré de corruption morale et spirituelle. Si elle le fait, c’est parce qu’il n’y a rien de plus spirituel et théologique que l’économie, la politique et le droit. La foi ne parle qu’à travers les paroles de la vie. Dès lors, il n’existe pas de mots plus vrais que salaire, profit, impôts, pots-de-vin, finance, contrat, travail ou entreprise pour exprimer la nature et la qualité de notre vie spirituelle. Il s’agit des mots les plus théologiques et spirituels dont nous disposions « sous le soleil », qui confèrent une certaine vérité y compris aux paroles ayant trait à la foi. Car, si nous ne savons pas exprimer la spiritualité avec le vocabulaire de l’économie, du droit ou de la politique, il se peut fort que ces paroles spirituelles soient, de fait, des prières à nos idoles, même lorsque nous les prononçons en toute dévotion dans nos temples, nos synagogues ou nos églises. Cela, la Bible et sa vraie laïcité l’avaient très bien compris ; or, aujourd’hui nous le comprenons beaucoup moins bien, car nous avons oublié la Bible et la laïcité.

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La civilisation du don homéopathique

Plus grands que nos fautes / 4 Dieu tout-puissant et vaincu nous enseigne la foi qui change tout

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 11/02/2018

Piu grandi della colpa 04 rid« Les plus belles poésies
s’écrivent sur les pierres,
les genoux pliés
et les esprits aiguisés par le mystère.
Les plus belles poésies s’écrivent
face à un autel vide,
tandis que des agents
de la divine folie nous encerclent.
Ainsi, fou criminel que tu es,
tu récites des vers à l’humanité,
les vers de la révolte
et les prophéties bibliques,
et tu es le frère de Jonas
. »

Alda Merini, La Terra Santa

« En ces jours-là, les Philistins se rassemblèrent pour combattre Israël. Israël partit en guerre contre les Philistins » (4,1b). Après la nuit grandiose et splendide où Samuel découvre sa vocation, le décor change : un vent de guerre souffle sur Israël. Apparaît alors un peuple qu’Israël connaît déjà, qui l’accompagnera et le combattra pendant des siècles : les Philistins, un peuple ancien de marins, qui exerça sa domination politique et culturelle sur toute la région et lui donnera même son nom (Palestine, Philistie : la terre des Philistins). Même si le décor change et peut-être aussi le narrateur, il reste quelques éléments de continuité ; parmi eux, Eli et ses fils, mais aussi et surtout l’arche.

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La vie, ce merveilleux métier

Plus grands que nos fautes / 3 - On peut demeurer juste tout en étant faible et écouter sans avoir entendu

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 04/02/2018

Piu grandi della colpa 03 rid« Le maître dit :
“Qui fait de la vertu un métier est la ruine de la vertu.” »

Confucius

Il existe sur terre de nombreuses personnes qui, entendant un appel, répondent « me voici », même lorsqu’elles ne parviennent pas à reconnaître la voix de la personne qui les appelle par leur nom. Aujourd’hui comme hier, toujours. Elles entendent l’appel de voix intérieures différentes et inconnues, qui s’élèvent de l’amour et de la souffrance du monde. Dans le cas de ces vocations, suscitées chaque jour et dans tous les domaines de l’humain, ce qui compte vraiment, c’est de répondre. Pourtant, nous nous émerveillons lorsque nous avons à nos côtés un « Eli » qui nous renvoie nous coucher sereins, avant de nous révéler le nom de la personne qui continue de nous appeler.

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Chanter dès aujourd’hui le pas encore

Plus grands que nos fautes / 2 - Le don des enfants reçus en cadeau est le fondement de l’existence

de Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 28/01/2018

Piu grandi della colpa 02 rid« Donne-moi à manger,
Donne-moi à boire…
La faim est un mystérieux appel
qui élève, abaisse, soutient et relâche,
je te soutiens et je me relâche.
Donne-moi de l’eau,
donne-moi la main,
car nous appartenons
au même monde. »

Chandra Livia Candiani, Dammi da mangiare

Dieu entendit le cri d’Anne et « se souvint d’elle » (1 Samuel, 1,19), de la même façon qu’il s’était souvenu de son peuple tombé en esclavage en Égypte, après la première prière collective de la Bible (Exode 2, 23). Le Dieu de la Bible est un Dieu qui sait se mettre à l’écoute de tous les hommes, en particulier des victimes. Les idoles, quant à elles, sont sourdes et muettes parce qu’elles sont mortes. Le Seigneur est vivant car il a des « oreilles » pour entendre ; il peut alors se faire tirer de son sommeil, se réveiller après avoir relâché son attention alors que nous sommes sur le bateau et que la tempête fait rage.

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La grande prière des femmes

Plus grands que nos fautes / 1 - Les paroles sans voix des victimes sans souffle valent plus que toutes les autres

Par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 21/01/2018

Piu grandi della colpa 01 rid« La Bible connaît les lamentations. Les lamentations sont un moment extrêmement important dans la relation avec Dieu, jusqu’à ce que Dieu console l’homme et l’homme console Dieu. Prophétie et liturgie font avancer et reculer les lamentations entre le ciel et la terre. »

Paolo De Benedetti, La chiamata di Samuele e altre letture

Nous entamons à présent la lecture et le commentaire des deux livres de Samuel. Voici venu le temps d’une joie nouvelle, celle que, peut-être, seul le contact intérieur avec l’immense texte de la Bible réussit parfois à offrir. Et ce notamment au début, lors du sabbat de l’attente, au milieu de cette joie aurorale qui inonde l’âme avant même que celle-ci ne sache quelles paroles naîtront de cette nouvelle rencontre avec les paroles infinies de la Bible, et si elles viendront. Avant même que nous ne sachions si et dans quelle mesure nous serons capables de les transformer en un discours sur notre temps, sur nos royaumes, nos pleurs, nos vocations, nos trahisons et nos prières.

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