articles

The Wall Street Journal - 26/01/2015

Le Wall Street Journal interviewe Teresa Ganzon, directrice générale de Bangko Kabayan, une banque rurale philippine qui adhère à l’Économie de Communion.

by Gregory J.Millan

Paru dans The Wall Street Journal le 26/01/2015

Teresa Ganzon BK ridTeresa Ganzon et son mari ont acquis la majorité des actions de Bangko Kabayan Inc. C’est de façon atypique qu’ils ont dû affronter le haut ‘risque entrepreneurial’ propre à un pays en voie de développement, parce qu’ils font partie du projet de l’Économie de Communion, réseau international de plus de 800 entreprises qui s’engagent à mettre en pratique la doctrine sociale de l’Église. Lors d’une conférence de presse au cours de son récent voyage aux Philippines, le Pape a condamné la corruption, parlant même de botter "là où le soleil ne bat pas" les fonctionnaires corrompus. Madame Ganzon a confié au Risk § Compliance Journal comment s’est développée la banque Bangko Kabayan tout en observant ce principe, dans un des pays les plus corrompus du monde.

Aux Philippines, quels sont les principaux points de friction pour une entreprise gérée selon les principes de la doctrine sociale de l’Église ?

« D’abord il y a le respect des lois. Par exemple, les gens justifient l’évasion fiscale en dénonçant l’escroquerie des politiciens corrompus, ou les bénéfices dont les citoyens ne profitent pas en proportion, justifiant ainsi leur refus de soutenir de leurs taxes le gouvernement. Chez nous, payer ses impôts est un signe de contradiction, surtout chez les petites et moyennes entreprises. La concussion et la corruption augmentent et sont malheureusement pratique courante dans certaines administrations ; un entrepreneur considère donc que la seule voie de survie pour son entreprise est de faire comme tout le monde et que le ‘pot de vin’ fait partie des affaires ».

Cela contredit la doctrine sociale de l’Église et le pape François. Comment donc affronter la corruption généralisée ?

« Une entreprise de l’Économie de Communion soutient l’adhésion à des standards éthiques avec la conscience de sa vocation à changer la façon dont les choses sont faites, pour être en cohérence avec les valeurs chrétiennes. Par exemple, il y a quelques années, nous étions prêts à offrir un certain type de prêts qui, nous en étions sûrs, auraient eu un grand succès, procuré de bonnes marges, avec des facilités de recouvrement etc. Mais quand nous nous sommes trouvés devant un bureaucrate du gouvernement, dont la signature et la collaboration étaient nécessaires au processus de recouvrement, et qui nous a demandé un pourcentage sur les intérêts que nous aurions perçus, nous nous sommes tournés vers un autre type de prêt. En fait, dans les Philippines, rares sont les entreprises, petites ou grandes, qui paient les taxes. Nous avons reçu un prix nous certifiant comme une des cinq entreprises contributrices, dans une région où il y a des entreprises industrielles beaucoup plus grandes que notre banque ».

Vous avez donc renoncé à une opportunité de profits plutôt que de céder à la corruption ?

« Oui, mais c’est alors que nous avons découvert la micro finance. On s’y oriente vers les besoins financiers d’un segment de population considéré comme "extérieur au circuit des banques et aux organismes de crédit". Nous avons ainsi développé un programme de micro crédits et découvert que le segment à servir était plus vaste encore, quoique plus difficile que le précédent. Souvent nous avons dû renoncer à une idée originale ou à une formule de service qui nous aurait donné de bons résultats, seulement parce qu’il aurait fallu, par exemple, accepter de payer un dessous de table pour faire enregistrer la garantie du prêt. Mais cela nous a permis de trouver des idées plus originales, d’autres services sans personne à corrompre, et nous avons pu servir une population qui sans cela ne l’aurait pas été. Nous y sommes parvenus parce que nous avons cherché à fond d’autres alternatives ».

Comment les critiques du pape concernant la finance spéculative ont-elles touché votre entreprise ?

« Le pape demande une plus grande empathie envers les personnes les plus dépourvues de la société, et, dans le domaine du micro crédit, cela accroît notre détermination. C’est un milieu très difficile pour une entreprise, parce qu’il suppose beaucoup de travail, et parce qu’en général les jeunes qui visent un emploi en banque ambitionnent un lieu confortable, une filiale avec l’air conditionné. Au bout de quelques mois, ils décident de renoncer à un travail aussi exigeant. Il nous est donc difficile de trouver les personnes justes, qui restent et aiment leur travail, cette empathie avec les pauvres : c’est un grand défi. Nous n’atteignons pas aisément les standards de rendement, mais, si nous voulons rester sur le marché, nous devons au moins répondre aux standards d’une bonne prestation. Cependant le message du pape est très clair : la véritable affaire à laquelle nous ne pouvons renoncer, c’est le service vital envers les pauvres ».

 Source : Wall Street Journalblog di Gregory Millman

Nous suivre:

Qui est en ligne

Nous avons 1057 invités et aucun membre en ligne

© 2008 - 2019 Economia di Comunione (EdC) - Movimento dei Focolari
creative commons Questo/a opera è pubblicato sotto una Licenza Creative Commons . Progetto grafico: Marco Riccardi - info@marcoriccardi.it

Please publish modules in offcanvas position.

Ce site utilise des cookies techniques, y compris ceux de parties tierces, pour permettre une exploration sûre et efficace du site. En fermant ce bandeau, ou en continuant la navigation, vous acceptez nos modalités d’utilisation des cookies. La page d’informations complètes indique les modalités permettant de refuser l’installation d’un cookie.