Don et gratuité : instruments pour construire une économie nouvelle

Interview de Anouk Grevin, enseignante à l’École d’Été de l’EdeC Madrid 2013

De Ana Moreno Marín

anouk grevinAnouk Grevin est professeur à l’Université de Nantes. Par ses études sur le don et la gratuité, elle nous invite à faire une révolution de 360° pour observer des réalités que normalement nous ne voyons pas. Son champ de recherche concerne les nouvelles formes de gestion et leur impact sur le bien-être des travailleurs.

Anouk, tu étudies les dynamiques du don et de la gratuité, mais qu’est-ce que le don ?

Le don est toujours présent dans notre vie, même dans le monde économique. Pensez à notre manière de travailler : nous ne nous limitons pas à exercer mécaniquement notre activité, mais nous donnons constamment de nous-mêmes : notre intelligence, notre engagement, la volonté de coopérer avec les autres. Tout cela on ne peut l’offrir que librement, et sans cela on ne peut pas faire un bon travail. Le don et la gratuité ne sont pas seulement les heures ‘supplémentaires’ qui ne sont pas rétribuées..

Le don est inhérent au travail et quand il manque, le travail ne fonctionne pas. Le problème est que le don doit être reçu comme tel. Mais entrer dans cette dynamique est un gros problème pour le business, parce que le don est toujours incertain, il est un risque, alors que les entreprises veulent garantir, mesurer et tout gérer.

Quelle place y a-t-il aujourd’hui pour le don et la gratuité dans le contexte socio-économique actuel ?

Le don et la gratuité tiennent beaucoup plus de place dans ce contexte que nous ne le pensons. Les entreprises sont à la recherche de prestations, d’innovation, d’intelligence collective, de flexibilité… éléments nécessaires pour collaborer avec de nombreux partenaires divers, avec une garantie de qualité maximum, avec la sécurité et le respect d’une série de règles pour un minimum de coûts et sans retard. Tu penses que ces objectifs peuvent être atteints sans un plus de la part des personnes ? Les managers le savent, et ils cherchent à acheter cet engagement par des primes financières. Compte tenu du fait que le don est une dynamique de réciprocité, si les personnes ne sont pas reconnues dans leur travail, elles ne peuvent pas se sentir heureuses et elles finissent épuisées dans des postes de travail qui n’ont plus de sens.

Pourquoi l’Économie de Communion met-elle en évidence l’importance du don et de la gratuité ?

L’Économie de Communion met en en lumière cette merveilleuse intuition que le don est la clé du bonheur. Nous en avons tous fait l’expérience, mais l’EdeC nous rappelle que cela est vrai aussi dans la vie de l’entreprise. Au lieu de tenir cette logique en dehors de l’activité économique, l’EdeC nous invite à découvrir toute la force qu’il y a dans la logique du don et de la gratuité. Une société est un corps collectif, elle est une aventure à vivre avec les autres et pour les autres ; c’est pourquoi le succès est lié à la capacité à créer des relations. Apprendre à construire une culture du don et de la réciprocité est selon moi ce dont ont le plus besoin les entreprises et la société d’aujourd’hui.

Comment les participants à l’École d’Été peuvent-ils avoir un avant-goût de ce concept ?

Dans une École d’Été de l’EdeC, les étudiants et les enseignants étudient une nouvelle théorie économique, mais surtout ils expérimentent comment vivre la communion. Ce n’est pas seulement une école d’économie : c’est aussi une école de communion. Cela se fait à travers les cours, les ateliers, les discussions informelles… chaque moment de la journée peut être l’occasion de construire des rapports de communion. C’est la dimension la plus émotionnante de l’École d’Été ! Elle est unique, construite par les participants eux-mêmes et ne peut être oubliée une fois expérimentée. Le slogan de cette année me plaît : « meet, share, create, change ». Je crois vraiment qu’en se connaissant les uns les autres, en pratiquant la mise en commun – qui veut dire donner et recevoir au point de devenir un – nous sommes en mesure de créer une nouvelle économie et de contribuer à changer le monde et nous-mêmes.

Un des problèmes majeurs des jeunes est d’accéder à un emploi et/ou de supporter des conditions de travail précaire. Les concepts que tu étudies ont-ils un rapport direct avec cela ?

Oui, c’est un gros problème en de nombreux pays, surtout pour les jeunes. Mais je pense que les jeunes sont capables de changer le monde et l’économie. Ils ont de grandes potentialités et avec de grands idéaux ils seront en mesure de créer de nouvelles possibilités et d’inventer de nouvelles formes de travail, de nouvelles entreprises, de nouveaux produits et processus organisationnels. De récentes études sur le suicide dans les grandes entreprises en France, par exemple, ont montré que ces personnes étaient des managers avec d’excellentes conditions de travail, mais que leur travail n’avait plus de sens. Au contraire, travailler pour construire une économie meilleure est une force merveilleuse qui peut aider à surmonter beaucoup d’obstacles. Et être en communion avec ceux et celles qui partagent cet idéal est une ressource clé pour affronter les difficultés.

Nous suivre:

Qui est en ligne

Nous avons 1159 invités et aucun membre en ligne

© 2008 - 2019 Economia di Comunione (EdC) - Movimento dei Focolari
creative commons Questo/a opera è pubblicato sotto una Licenza Creative Commons . Progetto grafico: Marco Riccardi - info@marcoriccardi.it

Please publish modules in offcanvas position.

Ce site utilise des cookies techniques, y compris ceux de parties tierces, pour permettre une exploration sûre et efficace du site. En fermant ce bandeau, ou en continuant la navigation, vous acceptez nos modalités d’utilisation des cookies. La page d’informations complètes indique les modalités permettant de refuser l’installation d’un cookie.