Le défi du développement et de la pauvreté

Logo_Brasile_2011_rid2 EdC – Sao Paulo, 29 mai 2011 Geneviève A. M. SANZE

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Deux paroles sont très discutées de nos jours : le développement et la pauvreté. Deux termes en relation directe avec notre thème. Partant du terme développement, je parlerai ensuite de la pauvreté et surtout de la communion, et à partir de là, nous regarderons de nouveau tant au développement qu’à la pauvreté.

     Le terme « développement » avec la distinction entre « développés » et « sous développés »  a fait son entrée sur la scène géopolitique en 1949. Cette opposition était nouvelle mais elle sembla naturelle. Sous l'impulsion des Etats-Unis, des programmes d'aide au développement ont été mis en place pour chercher à développer ceux que l'on disait être "en retard par rapport à l'Occident". Cette aide s'inspirait largement d'une théorie qui considère que toutes les sociétés connaissent des étapes qui leur permettent de passer de l'état traditionnel à l'état "moderne" ou "développé". Les pays pauvres (définis comme tels par les pays riches) non seulement avaient moins de richesses matérielles, mais ils étaient de surcroît "en retard" dans leur évolution.

     La distinction héritée de l'opposition entre "civilisés" et "non-civilisés", était basée sur le présupposé que l'Occident était le modèle de référence. Regrouper tant de pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique dans une seule catégorie de "sous-développés", en niant leurs différences, montrait bien une méconnaissance des réalités et une certaine indifférence peut être à l’égard de ce qui n'était pas l'Occident. Par ailleurs, ces théories du sous-développement ont longtemps négligé la responsabilité des pays du Nord dans les difficultés économiques et sociales des pays pauvres, ignorant ouvertement les effets des colonisations, des pillages économiques et d'autres formes d'échanges inégaux.

     Cette théorie du sous-développement a connu un grand succès et les pays sous-développés ont eux-mêmes adhéré à cette vision et réclamé des moyens pour pouvoir « se développer ». À l'époque, l'optimisme était grand et l'on pensait que 10 ans suffiraient pour que les "retardataires" comblent les écarts. Les Nations Unies avaient d'ailleurs baptisé les années 60 la "décennie du développement".

     Aujourd’hui nous sommes en 2013, et nous ne savons quoi affirmer : avons-nous progressé ou régressé ?

     La réalité fut moins réjouissante que prévue. Il a fallu repenser le développement.

     Le développement tel qu'il était conçu dans les années 50, réduit au progrès technologique et à l'accumulation de richesses matérielles, reposait sur la croissance de la consommation et de la production. Ni les inégalités dans la répartition des richesses, ni les conditions de vie des populations, ni la destruction de l'environnement n'étaient prises en compte dans la définition du développement.

         Dès les années 60, les problèmes résultant de ce "développement" sont apparus clairement : augmentation de la pauvreté, chômage, destruction de l'environnement, pollution… et l'on a commencé à parler de ‘mal développement’ au Nord comme au Sud. Car il y a finalement non pas des pays développés ou sous-développés, mais un seul monde mal développé, fondé sur le pillage des richesses, la surexploitation des ressources, et la domination des puissants sur les faibles, mais non certainement sur la communion.

1. Les principaux traits de pauvreté en Afrique sub-sahienne.

     Je parle de l’expérience de l’Afrique que je connais mieux ! Je commence par un fait que nous côtoyons souvent dans la société dite traditionnelle de nos pays Africains.

     « Vous êtes une femme, vous habitez la campagne et vous avez un enfant en bas-âge ; il tombe malade et se met à tousser très fort. Vous commencez à vous préparer pour l’emmener le lendemain au dispensaire ou au centre de santé le plus proche, qui est situé à 15 km. Le matin venu, vous mettez votre enfant sur votre dos et vous marchez quelque trois heures jusqu’au dispensaire. Là vous vous retrouvez dans une queue d’environ 200 personnes alignées sous le soleil sans abri. Votre tour finit par arriver à force de patience. L’infirmier vous écoute sans trop de patience décrire la maladie de votre enfant. Sans prendre la peine de faire le moindre examen (il n’en a probablement pas les moyens), il crayonne vite fait une prescription sur un bout de papier qu’il vous dit de présenter au préposé aux médicaments. Il s’agit d’un sirop mais vous ne pouvez pas le savoir puisque vous êtes probablement analphabète. Le préposé verse lui-même une cuillerée de sirop et le fait boire à l’enfant. Il n’est évidemment pas question de vous donner le flacon pour que vous puissiez poursuivre le traitement chez vous, pour la simple raison qu’il n’y aurait jamais assez de médicaments pour tout ce monde : il vous dit  par conséquent de revenir le lendemain pour la prochaine cuillerée. Vous rentrez péniblement à la maison ; vous couchez l’enfant mais il vous faut quand même encore préparer le repas de la famille et tout le reste. Le lendemain vous refaites le même parcours sous le même soleil, pour faire la même queue et recevoir la même petite cuillerée. Mais après trois jours, le soleil et la fatigue des voyages aidant, l’état de l’enfant s’aggrave. Découragée par ces voyages si fatigants qui vous empêchent de vaquer à vos activités sans soulager votre enfant, vous finissez par penser que ça ne vaut pas la peine de les continuer pour une cuillerée de sirop et vous vous tournez vers le guérisseur du coin. Mais le dispensaire aura quand même gagné car les cuillerées de sirop que vous n’avez pas prises serviront à quelqu’un d’autre. Et voilà. »1

     Pour nous les africains, parler de la pauvreté n’est absolument pas nécessaire car nous la côtoyons tous les jours, nous vivons avec elle, nous n’avons pas besoin de théories pour la comprendre.

     La pauvreté comme nous la vivons en Afrique est multidimensionnelle. Elle est un dénuement profond de biens matériels et culturels qui entrave le développement normal de l’individu au point de compromettre en lui l’intégrité de la personne. Etre pauvre, c’est ne pas pouvoir assurer par ses propres ressources ou activités la couverture de ses besoins biologiques et de ceux de sa famille, vivre dans un état permanent de marginalisation et d’insécurité vitale qui tend à être héréditaire ; avoir faim, n’être ni instruit, ni soigné ; vivre dans des conditions de logement défectueuses, travailler dans des conditions inhumaines.

     Sont alors en état de pauvreté les individus ou les familles dont les revenus et les autres ressources, les conditions d’existence et de patrimoine, les conditions d’emploi et de travail, sont nettement en dessous du niveau moyen de la société dans laquelle ils vivent. « Les pauvres cumulent les handicaps : ceux de l’âge, du sexe, du nombre d’enfants, de la couleur de la peau, de la maladie, de la fragilité de la structure familiale…. Les handicaps de la naissance aussi. Au départ de la vie, la pauvreté établit un barrage d’empêchements : carences alimentaires, santés affaiblies d’ascendants ou de descendants, spectacle précoce de la misère et de la laideur, vie familiale instable, blessures affectives multiples de l’enfance, absence de modèle adapté au développement intellectuel, complexe d’infériorité qui affecte toute l’existence vécue en état de subordination, d’humiliation et de consentement à l’injustice alors que l’on subit le mépris des nantis » 2.

     Voilà la réalité que nous côtoyons chaque jour. De cette situation que je viens de refléter naissent plusieurs défis, en particulier :

     - la dimension socioculturelle : la culture est l’une des dimensions-clés du développement. Pour être durable, le développement doit être autocentré et autoentretenu, c’est-à-dire fondé sur les valeurs endogènes qui lui donnent un sens. Par exemple, les systèmes traditionnels de sécurité sociale en Afrique tels que l’entraide traditionnelle, les tontines et les mutuelles d’épargne et de crédit constituent des formes de solidarité particulièrement adaptées au contexte de pauvreté et doivent être prises en compte pour le développement.

     - le statut socioculturel qui s’impose à la femme. En effet, certaines attitudes traditionnelles vis-à-vis de la femme et de la jeune fille freinent leur promotion, leur éducation et leur participation pleine, digne et efficace aux efforts de développement ;

     - l’éducation donnée par la famille et la communauté privilégie souvent la transmission de valeurs, de normes et de comportements qui visent à la reproduction sociale à l’identique et qui mettent peu l’accent sur les valeurs d’initiative individuelle, d’innovation et sur les éléments qui contribuent à la gestion rationnelle et efficace ;

     - la perception fataliste de la transmission de la pauvreté.

     - les catastrophes naturelles telles que les inondations et les sécheresses,  mais aussi les conflits armés entretiennent la pauvreté surtout en Afrique. La plupart de ces conflits ont un caractère ethnique, politique ou économique. Ils ont entraîné d’énormes dépenses militaires, privant ainsi les programmes de développement de ressources substantielles.

     - la mauvaise gouvernance de manière générale. Quelles que soient les raisons invoquées, en Afrique nous ne travaillons pas assez ou pas autant que nous le devrions, pour résoudre par nous-mêmes les problèmes les plus élémentaires de notre survie quotidienne, sans donner l’air d’avoir érigé la mendicité internationale en voie de salut.

     - la production de richesses pour pouvoir travailler sérieusement à l’éradication de la famine et de la malnutrition dont les conséquences négatives sur les capacités intellectuelles et physiques des populations sont évidentes ; et aussi pour pouvoir combattre efficacement des maladies comme le paludisme, le Sida et d’autres maladies endémiques éradiquées ailleurs depuis longtemps, et dont la persistance, voire l’aggravation, résultent ici de la détérioration continue des conditions de vie des masses populaires.

     - l’échec de l’Etat importé : on peut en effet lier la « mal gouvernance » à ce qui commence à être massivement reconnu comme un handicap majeur des sociétés africaines d’après l’indépendance, à savoir : l’inadaptation structurelle et fonctionnelle de l’Etat et des institutions héritées

     - « la politique du ventre » dont sont qualifiés nos Etats…

     - un gros déficit de créativité intellectuelle qui constitue un handicap majeur du continent africain : il se produit et se diffuse, à partir de notre continent, trop peu d’idées et de valeurs culturelles.

2. L’une des propositions pour résoudre ce problème est l’Économie de communion.

131119-sanze-IMG 4564-rid     L’Économie de Communion, projet économique connu désormais dans le monde entier, a démarré en 1991 durant un voyage de Chiara Lubich3 au Brésil pour y rendre visite aux communautés du Mouvement qu’elle avait fondé.

     Constatant que de nombreux membres de son Mouvement faisaient partie de cette multitude de pauvres et de miséreux qui reflètent les inégalités sociales de ce grand pays, Chiara a eu cette inspiration : il faut créer un réseau de solidarité, d’amour et de partage, qui aille bien au-delà des gestes spontanés et des possibilités d’aide concrètes par la mise en commun des biens personnels, qui a d’ailleurs toujours existé dans ce Mouvement sur le modèle des premières communautés chrétiennes. Et voici que sont apparus les premiers axes sur lesquels se concentre le projet:

     - faire naître des entreprises, en main de personnes compétentes, capables de bien les diriger et donc de produire des bénéfices ;

     - partager ces bénéfices en les divisant en trois : une part pour les personnes dans le besoin, les démunis, les pauvres ; une autre pour la formation d’« hommes nouveaux », formés à la solidarité et à la communion fraternelle, car sans eux on ne peut pas façonner une société nouvelle ; et enfin, une troisième part doit être réinvestie dans l’entreprise même pour que celle-ci puisse se développer ;

     Après un début timide, aujourd’hui ce projet touche les cinq continents et plus 8oo entreprises y adhérent.

     Nous retiendrons, tout d’abord, que le système économique capitaliste doit évoluer vers quelque chose de nouveau. On en voit déjà des signes, pour peu que nous sachions les voir dans la trame de l’histoire. La crise environnementale, les crises financières, la montée des inégalités, le mécontentement grandissant dans les pays riches : tous ces signes disent avec éloquence que le système capitaliste doit évoluer vers autre chose, en sauvegardant le marché qui est un lieu de créativité et de liberté. Mais, pour sauvegarder ces conquêtes humaines que sont le marché et l’entreprise, il faut aller au-delà de ce capitalisme incapable de donner à manger à l’enfant qui meurt sur les trottoirs de nos villes riches.

     Nous avons compris que la mission de l’Économie de communion, sa note dans le concert de tous ceux qui travaillent à une économie plus humaine et plus juste, a quelque chose à voir avec les trois parts de bénéfices que Chiara nous a indiquées dès le début, et cela en trois points qui y correspondent : des entreprises nouvelles, une culture nouvelle et, surtout, ce qui concerne la pauvreté. Elle peut apporter sa contribution particulière pour réduire la misère et l’exclusion, tout d’abord en changeant les rapports économiques de production. La “couronne d’épines” qui entoure São Paulo et tant d’autres autres villes, sera effacée sérieusement et de façon définitive quand les entreprises intègreront en leur sein les exclus ; lorsque leur gestion s’effectuera dans la communion ; lorsque le profit cessera d’être l’unique objectif de l’entreprise pour devenir un moyen au service du bien commun, pour le bien de chacun et de tous. Chaque personne porte inscrite en elle une vocation profonde à la communion, à aimer et à être aimée, comme l’écrivait Chiara Lubich dans une de ses premières réflexions sur l’Économie de communion : « L’homme, créé à l’image de Dieu qui est amour, trouve sa pleine réalisation dans le fait d’aimer, qu’il soit croyant ou non croyant. » À cause de cet appel profond à la communion, la vie individuelle et collective ne peut fleurir que dans la communion, et le bonheur personnel et celui de la société ne peut se réaliser que dans des rapports de communion.

3. Quel est le sens du développement et de la pauvreté dans l’Economie de Communion ?

     L’ÉdeC a comme premier but celui de constituer une communauté dans laquelle “il n’y a pas d’indigent”. Pour cette raison, la question de l’aide à qui se trouve démuni, est fondamentale pour l’ÉdeC.

         Qui sont ces frères dits pauvres ? Chiara Lubich nous donne une réponse : ils sont souriants, dignes, fiers d’être des enfants de Dieu. Ils ne sont pas dans un total dénuement, mais ils manquent de certaines choses. Ils ont besoin, par exemple, d’être déchargés des soucis qui les assaillent jour et nuit. Ils ont besoin d’être assurés que leurs enfants et eux-mêmes auront de quoi manger ; que leur habitation, parfois une pauvre baraque, se transformera un jour ; que leurs enfants pourront poursuivre leurs études ; qu’ils pourront guérir même de maladies qui nécessitent un traitement coûteux ; que le père trouvera du travail…

         Tels sont nos frères qui se trouvent dans le besoin et il n’est pas rare qu’à leur tour ils aident les autres. Ils sont Jésus sous un certain aspect, un Jésus qui réclame notre amour et qui un jour nous dira : “J’avais faim, j’étais nu, j’étais sans abri” ou “ma maison était délabrée… et vous m’avez”… Enfin, nous savons ce qu’il nous dira. »

     Il y a des mots qui expriment un mal absolu : le mensonge, le délit, le racisme. En revanche, la pauvreté n’en fait pas partie. Nous devons en effet faire très attention quand nous parlons de pauvreté.

     Toutes les pauvretés ne sont pas inhumaines : la pauvreté est une plaie mais aussi une béatitude si elle est choisie par amour des autres.

     Cette pauvreté naît de la certitude que tout ce que je suis m’a été donné, et donc que tout ce que j’ai, en tant que tel, doit être donné. C'est la racine de la dynamique de la réciprocité, de la communion. La liberté et le bonheur qui naissent d’une profonde communion ne peuvent être compris et ne durent que s’ils deviennent des expériences, un style de vie, la culture du don et de la communion.  L’ÉdeC, nous propose deux éléments : la réciprocité et la communion comme fondement pour sortir du piège de la précarité. C’est cette culture que prône l’ÉdeC : la logique de la communion ; non pas la bonté de quelques uns envers plusieurs, mais la réciprocité que la communion porte avec soi, et qui constitue  son caractère typique.

     Avant « le donner » la première attention consiste dans la culture de l’ÉdeC à partager la vie, dans la communion et la réciprocité, dans une relation essentiellement gratuite.

     C’est la relation de fraternité qui guérit les situations de misère. Les personnes que le projet rejoint ne sont pas des personnes anonymes avec des besoins d'ordre général, mais des personnes vivant à l'intérieur d'une communauté où l'on expérimente déjà une communion de vie.

4. Quelle est cette culture qui nous permet de réaliser la communion, la réciprocité ?

    La « culture du don »    

     « Ce n’est pas seulement se priver de quelque chose pour le donner. Par ces mots on veut plutôt indiquer notre culture typique : la culture de l’amour .

     Si par exemple dans nos pays, nous avons toujours appris qu’il faut avoir des financements pour se développer, ici nous disons que la solution à notre développement est plutôt de donner, de nous mettre ensemble.

     Nous devons donner, donner, mettre en œuvre le “don”. Faire naître et grandir la culture du don. Donner ce que nous avons en trop, et même le nécessaire si le cœur nous l’inspire. Donner à ceux qui sont dans le besoin, en sachant que cet investissement fructifie à un taux d’intérêt très élevé car notre don ouvre les mains de Dieu dont la providence nous remplit d’une mesure sans mesure afin que nous puissions donner encore en abondance, recevoir encore et ainsi soulager les innombrables nécessités d’une multitude de pauvres.

     La cause de l’économie de communion exige, non seulement l’amour pour les pauvres, mais aussi pour tous les hommes. La spiritualité de l’unité qui l’inspire suppose un amour qui s’adresse à tous : "Donnons sans cesse ; un sourire, notre compréhension, le pardon, notre écoute attentive. Donnons notre intelligence, notre volonté, notre disponibilité. Donnons nos expériences, nos aptitudes. Donner : que ce mot d’ordre nous interpelle sans relâche".

      La culture du don, c'est la culture de l'Évangile, c'est l'Évangile, car c’est dans l’Évangile que nous avons compris qu’il fallait donner. "Donnez – y est-il écrit – et on vous donnera : c'est une bonne mesure, tassée, secouée, débordante qu'on versera dans le pan de votre vêtement" (Lc 6,38).

     Saint Basile affirme : Le pain que tu mets de côté appartient à l’affamé. Le manteau que tu conserves dans ta malle appartient à l’homme nu ; l’argent que tu caches appartient à l’indigent. Tu commets autant d’injustices qu’il y a de personnes à qui tu pourrais donner tout cela".

     Et saint Thomas d’Aquin : "Lorsque les riches consomment pour leur plaisir un surplus nécessaire à la subsistance des pauvres, ils les volent".
    
     Et Luigino Bruni, un économiste italien dit : "Les biens deviennent « plus bien » quand ils sont misent en commun ; par contre le bien non partagé devient un mal. Le bien tenu jalousement par son possesseur, en réalité l’appauvrit, parce que cela le dépouille de la capacité du don et de la réciprocité, qui est le vrai patrimoine humain qui porte à la vraie joie".

     Je me pose la question suivante, dans cette salle sommes-nous pauvres ? Ou encore, avons-nous à donner ? Sommes-nous prêts à sortir de nous-mêmes et à aller vers le prochain pour lui offrir la richesse que nous sommes ? La richesse que nous avons ? Même si cette richesse n’est que le sourire ?

     Pour arriver à cela nous avons besoin d’hommes et de femmes à la vie intérieure profonde et animés par une grande foi.

     Grâce à eux, l’Évangile peut vraiment pénétrer toutes les dimensions de l’économie et du travail, de la politique, du droit, de la santé, de l’école, de l’art ; et tout transformer, au moyen d’une économie renouvelée qui met l’homme au centre…; et au moyen d’une politique renouvelée où chaque acteur politique met à la base de sa vie l’amour de l’autre ».4

     En conclusion posons-nous la dernière question, comment l’ÉdeC traite la pauvreté ? Quel message important nous communique-t-elle ?

     On ne peut pas sortir du piège de l'indigence avec l'argent, aussi abondant soit-il, ni avec la redistribution des richesses ou la construction des biens publics (écoles, routes, puits, etc.), ni par l'accroissement des relations commerciales entre le Nord et le Sud. Bien sûr, tout cela est nécessaire, mais ce n'est pas suffisant. Le monde verra fleurir la fraternité et la communion lorsque nous serons capables de construire des relations humaines authentiques et profondes entre des personnes différentes mais égales, toutes différentes et toutes égales? quand nous dépasserons les catégories elles-mêmes de "peuples pauvres" et de "peuples riches", et que nous saurons découvrir, grâce aussi à des expériences vécues, que personne au monde n'est pauvre au point de ne pas être un don pour moi, en voyant et en découvrant que les pauvretés des autres recèlent aussi des richesses, des valeurs, qui nous font expérimenter que l'autre est nécessaire à notre bonheur.

     C'est seulement lorsqu'une personne en difficulté se sent aimée et estimée, traitée avec dignité parce que reconnue pour sa valeur, qu'elle peut trouver en elle la volonté de sortir du piège de la précarité et ainsi se remettre en chemin. Et c'est seulement après ce premier acte de liberté humaine que toute personne doit faire, que pourront alors arriver les aides, les fonds, le contrat, la relation commerciale, qui sont comme des éléments secondaires, des instruments qui contribuent au développement global de la personne.

     Seulement ainsi nous pouvons dire que nous sommes une famille ; or « dans la famille de Dieu personne ne doit souffrir par manque du nécessaire ».     

1 * Rwehera, M ; L’état de l’éducation dans les pays moins avancés ; UNESCO, 1993 (p. 10)

2 Philosophe français Henri Bartoli en 1986 à l’occasion d’une réunion internationale d’experts réunis par l’UNESCO en collaboration avec l’Université des Nations Unies (voir Paul Marc Henry, Henri Bartoli et al. Pauvreté, progrès et développement ; édition l’Harmattan, Paris 1990)

3 Fondatrice du Mouvement des Focolari. Née à Trente en. En 1943, en plein cœur de la deuxième guerre mondiale, Chiara découvre que l'évangile est porteur de valeurs qui peuvent donner un sens à la vie de l’homme, quelle que soit sa situation. Elle partage aussitôt cette découverte à quelques compagnes. Elle découvre l’amour évangélique, une réalité si forte qu’elle est capable de déraciner les haines, les rancœurs, les préjugés, et de susciter la réciprocité selon le commandement du Christ : “ Aimez-vous… comme je vous ai aimés ”. C’est le début de la voie de l’unité qui engendre la paix et suscite la fraternité entre tous les hommes

4 Chiara Lubich, congrès d’EdC 2001

Geneviève A. M. SANZE

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